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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/228

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l'île mystérieuse.

à leur intelligence, ils s’étaient tirés d’affaire. Mais ne semblait-il pas que la providence eût voulu les récompenser, en leur envoyant alors ces divers produits de l’industrie humaine ? Leurs remerciements s’élevèrent donc unanimement vers le ciel.

Toutefois, l’un d’eux n’était pas absolument satisfait. C’était Pencroff. Il paraît que la caisse ne renfermait pas une chose à laquelle il semblait tenir énormément, et, à mesure que les objets en étaient retirés, ses hurrahs diminuaient d’intensité, et, l’inventaire fini, on l’entendit murmurer ces paroles :

« Tout cela, c’est bel et bon, mais vous verrez qu’il n’y aura rien pour moi dans cette boîte ! »

Ce qui amena Nab à lui dire :

« Ah çà ! Ami Pencroff, qu’attendais-tu donc ?

— Une demi-livre de tabac ! répondit sérieusement Pencroff, et rien n’aurait manqué à mon bonheur ! »

On ne put s’empêcher de rire à l’observation du marin.

Mais il résultait de cette découverte de l’épave que, maintenant et plus que jamais, il était nécessaire de faire une exploration sérieuse de l’île. Il fut donc convenu que le lendemain, dès le point du jour, on se mettrait en route, en remontant la Mercy, de manière à atteindre la côte occidentale. Si quelques naufragés avaient débarqué sur un point de cette côte, il était à craindre qu’ils fussent sans ressource, et il fallait leur porter secours sans tarder.

Pendant cette journée, les divers objets furent transportés à Granite-house et disposés méthodiquement dans la grande salle.

Ce jour-là — 29 octobre — était précisément un dimanche, et, avant de se coucher, Harbert demanda à l’ingénieur s’il ne voudrait pas leur lire quelque passage de l’Évangile.

« Volontiers, » répondit Cyrus Smith.

Il prit le livre sacré, et allait l’ouvrir, quand Pencroff, l’arrêtant, lui dit :

« Monsieur Cyrus, je suis superstitieux. Ouvrez au hasard, et lisez-nous le premier verset qui tombera sous vos yeux. Nous verrons s’il s’applique à notre situation. »

Cyrus Smith sourit à la réflexion du marin, et, se rendant à son désir, il ouvrit l’Évangile précisément à un endroit où un signet en séparait les pages.

Soudain, ses regards furent arrêtés par une croix rouge, qui, faite au crayon, était placée devant le verset 8 du chapitre VII de l’Évangile de saint Mathieu.

Et il lut ce verset, ainsi conçu :

Quiconque demande reçoit, et qui cherche trouve.