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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/212

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l'île mystérieuse.

— En cinq jours, soit ! répondit l’ingénieur.

— Mais d’ici là, nous ferons bien de nous garder sévèrement ! dit Harbert.

— Très-sévèrement, mes amis, répondit Cyrus Smith, et je vous prierai de borner vos excursions de chasse aux environs de Granite-house. »

Le dîner finit moins gaiement que n’avait espéré Pencroff.

Ainsi donc, l’île était ou avait été habitée par d’autres que par les colons. Depuis l’incident du grain de plomb, c’était un fait désormais incontestable, et une pareille révélation ne pouvait que provoquer de vives inquiétudes chez les colons.

Cyrus Smith et Gédéon Spilett, avant de se livrer au repos, s’entretinrent longuement de ces choses. Ils se demandèrent si, par hasard, cet incident n’aurait pas quelque connexité avec les circonstances inexplicables du sauvetage de l’ingénieur et autres particularités étranges qui les avaient déjà frappés à plusieurs reprises. Cependant, Cyrus Smith, après avoir discuté le pour et le contre de la question, finit par dire :

« En somme, voulez-vous connaître mon opinion, mon cher Spilett ?

— Oui, Cyrus.

— Eh bien, la voici : si minutieusement que nous explorions l’île, nous ne trouverons rien ! »

Dès le lendemain, Pencroff se mit à l’ouvrage. Il ne s’agissait pas d’établir un canot avec membrure et bordage, mais tout simplement un appareil flottant, à fond plat, qui serait excellent pour la navigation de la Mercy, surtout aux approches de ses sources, où l’eau présenterait peu de profondeur. Des morceaux d’écorce, cousus l’un à l’autre, devaient suffire à former la légère embarcation, et au cas où, par suite d’obstacles naturels, un portage deviendrait nécessaire, elle ne serait ni lourde, ni encombrante. Pencroff comptait former la suture des bandes d’écorce au moyen de clous rivés, et assurer, avec leur adhérence, le parfait étanchement de l’appareil.

Il s’agissait donc de choisir des arbres dont l’écorce, souple et tenace, se prêtât à ce travail. Or, précisément, le dernier ouragan avait abattu une certaine quantité de douglas, qui convenaient parfaitement à ce genre de construction. Quelques-uns de ces sapins gisaient à terre, et il n’y avait plus qu’à les écorcer, mais ce fut là le plus difficile, vu l’imperfection des outils que possédaient les colons. En somme, on en vint à bout.

Pendant que le marin, secondé par l’ingénieur, s’occupait ainsi, sans perdre une heure, Gédéon Spilett et Harbert ne restèrent pas oisifs. Ils s’étaient faits les pourvoyeurs de la colonie. Le reporter ne pouvait se lasser d’admirer le