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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/21

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les naufragés de l'air.

simple ou complexe, appartenait l’îlot. On ne pouvait non plus en sortir, puisque la mer l’entourait. Il fallait donc remettre au lendemain la recherche de l’ingénieur, qui n’avait, hélas ! signalé sa présence par aucun cri.

« Le silence de Cyrus ne prouve rien, dit le reporter. Il peut être évanoui, blessé, hors d’état de répondre momentanément, mais ne désespérons pas. »

Le reporter émit alors l’idée d’allumer sur un point de l’îlot quelque feu qui pourrait servir de signal à l’ingénieur. Mais on chercha vainement du bois ou des broussailles sèches. Sable et pierres, il n’y avait pas autre chose.

On comprend ce que durent être la douleur de Nab et celle de ses compagnons, qui s’étaient vivement attachés à cet intrépide Cyrus Smith. Il était trop évident qu’ils étaient impuissants alors à le secourir. Il fallait attendre le jour. Ou l’ingénieur avait pu se sauver seul, et déjà il avait trouvé refuge sur un point de la côte, ou il était perdu à jamais !

Ce furent de longues et pénibles heures à passer. Le froid était vif. Les naufragés souffrirent cruellement, mais ils s’en apercevaient à peine. Ils ne songèrent même pas à prendre un instant de repos. S’oubliant pour leur chef, espérant, voulant espérer toujours, ils allaient et venaient sur cet îlot aride, retournant incessamment à sa pointe nord, là où ils devaient être plus rapprochés du lieu de la catastrophe. Ils écoutaient, ils criaient, ils cherchaient à surprendre quelque appel suprême, et leurs voix devaient se transmettre au loin, car un certain calme régnait alors dans l’atmosphère, et les bruits de la mer commençaient à tomber avec la houle.

Un des cris de Nab sembla même, à un certain moment, se reproduire en écho. Harbert le fit observer à Pencroff, en ajoutant :

« Cela prouverait qu’il existe dans l’ouest une côte assez rapprochée. »

Le marin fit un signe affirmatif. D’ailleurs ses yeux ne pouvaient le tromper. S’il avait, si peu que ce fût, distingué une terre, c’est qu’une terre était là.

Mais cet écho lointain fut la seule réponse provoquée par les cris de Nab, et l’immensité, sur toute la partie est de l’îlot, demeura silencieuse.

Cependant le ciel se dégageait peu à peu. Vers minuit, quelques étoiles brillèrent, et si l’ingénieur eût été là, près de ses compagnons, il aurait pu remarquer que ces étoiles n’étaient plus celles de l’hémisphère boréal. En effet, la polaire n’apparaissait pas sur ce nouvel horizon, les constellations zénithales n’étaient plus celles qu’il avait l’habitude d’observer dans la partie nord du nouveau continent, et la Croix du Sud resplendissait alors au pôle austral du monde.

La nuit s’écoula. Vers cinq heures du matin, le 25 mars, les hauteurs du ciel