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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/189

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les naufragés de l'air.

l’angle de l’arrière-magasin, et dont le trop-plein s’enfuyait par le puits jusqu’à la mer.

Vers cette époque, le temps étant extrêmement sec, les colons, aussi bien vêtus que possible, résolurent de consacrer une journée à l’exploration de la partie de l’île comprise au sud-est entre la Mercy et le cap Griffe. C’était un vaste terrain marécageux, et il pouvait se présenter quelque bonne chasse à faire, car les oiseaux aquatiques devaient y pulluler.

Il fallait compter de huit à neuf milles à l’aller, autant au retour, et, par conséquent, la journée serait bien employée. Comme il s’agissait aussi de l’exploration d’une portion inconnue de l’île, toute la colonie dut y prendre part. C’est pourquoi, le 5 juillet, dès six heures du matin, l’aube se levant à peine, Cyrus Smith, Gédéon Spilett, Harbert, Nab, Pencroff, armés d’épieux, de collets, d’arcs et de flèches, et munis de provisions suffisantes, quittèrent Granite-house, précédés de Top, qui gambadait devant eux.

On prit par le plus court, et le plus court fut de traverser la Mercy sur les glaçons qui l’encombraient alors.

« Mais, fit observer justement le reporter, cela ne peut remplacer un pont sérieux ! »

Aussi, la construction d’un pont « sérieux » était-elle notée dans la série des travaux à venir.

C’était la première fois que les colons mettaient pied sur la rive droite de la Mercy, et s’aventuraient au milieu de ces grands et superbes conifères, alors couverts de neige.

Mais ils n’avaient pas fait un demi-mille, que, d’un épais fourré, s’échappait toute une famille de quadrupèdes, qui y avaient élu domicile, et dont les aboiements de Top provoquèrent la fuite.

« Ah ! on dirait des renards ! » s’écria Harbert, quand il vit toute la bande décamper au plus vite.

C’étaient des renards, en effet, mais des renards de très-grande taille, qui faisaient entendre une sorte d’aboiement, dont Top parut lui-même fort étonné, car il s’arrêta dans sa poursuite, et donna à ces rapides animaux le temps de disparaître.

Le chien avait le droit d’être surpris, puisqu’il ne savait pas l’histoire naturelle. Mais, par leurs aboiements, ces renards, gris roussâtres de pelage, à queues noires que terminait une bouffette blanche, avaient décelé leur origine. Aussi, Harbert leur donna-t-il, sans hésiter, leur véritable nom de « culpeux ». Ces culpeux se rencontrent fréquemment au Chili, aux Malouines, et sur tous ces parages