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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/186

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l'île mystérieuse.

La présence de ce grain s’expliquait par l’habitude qu’avait Harbert, étant à Richmond, de nourrir quelques ramiers dont Pencroff lui avait fait présent.

« Un grain de blé ? répondit vivement l’ingénieur.

— Oui, monsieur Cyrus, mais un seul, rien qu’un seul !

— Eh ! mon garçon, s’écria Pencroff en souriant, nous voilà bien avancés, ma foi ! Qu’est-ce que nous pourrions bien faire d’un seul grain de blé ?

— Nous en ferons du pain, répondit Cyrus Smith.

— Du pain, des gâteaux, des tartes ! répliqua le marin. Allons ! Le pain que fournira ce grain de blé ne nous étouffera pas de sitôt ! »

Harbert, n’attachant que peu d’importance à sa découverte, se disposait à jeter le grain en question, mais Cyrus Smith le prit, l’examina, reconnut qu’il était en bon état, et, regardant le marin bien en face :

« Pencroff, lui demanda-t-il tranquillement, savez-vous combien un grain de blé peut produire d’épis ?

— Un, je suppose ! répondit le marin, surpris de la question.

— Dix, Pencroff. Et savez-vous combien un épi porte de grains ?

— Ma foi, non.

— Quatre-vingts en moyenne, dit Cyrus Smith. Donc, si nous plantons ce grain, à la première récolte, nous récolterons huit cents grains, lesquels en produiront à la seconde six cent quarante mille, à la troisième cinq cent douze millions, à la quatrième plus de quatre cents milliards de grains. Voilà la proportion. »

Les compagnons de Cyrus Smith l’écoutaient sans répondre. Ces chiffres les stupéfiaient. Ils étaient exacts, cependant.

« Oui, mes amis, reprit l’ingénieur. Telles sont les progressions arithmétiques de la féconde nature. Et encore, qu’est-ce que cette multiplication du grain de blé, dont l’épi ne porte que huit cents grains, comparée à ces pieds de pavots qui portent trente-deux mille graines, à ces pieds de tabac qui en produisent trois cent soixante mille ? En quelques années, sans les nombreuses causes de destruction qui en arrêtent la fécondité, ces plantes envahiraient toute la terre. »

Mais l’ingénieur n’avait pas terminé son petit interrogatoire.

« Et maintenant, Pencroff, reprit-il, savez-vous combien quatre cents milliards de grains représentent de boisseaux ?

— Non, répondit le marin, mais ce que je sais, c’est que je ne suis qu’une bête !

— Eh bien, cela ferait plus de trois millions, à cent trente mille par boisseau, Pencroff.