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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/172

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l'île mystérieuse.

et, s’il le faut même, en dissimuler absolument l’entrée en provoquant, au moyen d’un barrage, un relèvement des eaux du lac.

— Et comment entrerons-nous ? demanda le marin.

— Par une échelle extérieure, répondit Cyrus Smith, une échelle de corde, qui, une fois retirée, rendra impossible l’accès de notre demeure.

— Mais pourquoi tant de précautions ? dit Pencroff. Jusqu’ici les animaux ne nous ont pas semblé être bien redoutables. Quant à être habitée par des indigènes, notre île ne l’est pas !

— En êtes-vous bien sûr, Pencroff ? demanda l’ingénieur, en regardant le marin.

— Nous n’en serons sûrs, évidemment, que lorsque nous l’aurons explorée dans toutes ses parties, répondit Pencroff.

— Oui, dit Cyrus Smith, car nous n’en connaissons encore qu’une petite portion. Mais, en tout cas, si nous n’avons pas d’ennemis au dedans, ils peuvent venir du dehors, car ce sont de mauvais parages que ces parages du Pacifique. Prenons donc nos précautions contre toute éventualité. »

Cyrus Smith parlait sagement, et, sans faire aucune autre objection, Pencroff se prépara à exécuter ses ordres.

La façade de Granite-house allait donc être éclairée au moyen de cinq fenêtres et d’une porte, desservant ce qui constituait « l’appartement » proprement dit, et au moyen d’une large baie et d’œils-de-bœuf qui permettraient à la lumière d’entrer à profusion dans cette merveilleuse nef qui devait servir de grande salle. Cette façade, située à une hauteur de quatre-vingts pieds au-dessus du sol, était exposée à l’est, et le soleil levant la saluait de ses premiers rayons. Elle se développait sur cette portion de la courtine comprise entre le saillant faisant angle sur l’embouchure de la Mercy, et une ligne perpendiculairement tracée au-dessus de l’entassement de roches qui formaient les Cheminées. Ainsi les mauvais vents, c’est-à-dire ceux du nord-est, ne la frappaient que d’écharpe, car elle était protégée par l’orientation même du saillant. D’ailleurs, et en attendant que les châssis des fenêtres fussent faits, l’ingénieur avait l’intention de clore les ouvertures avec des volets épais, qui ne laisseraient passer ni le vent, ni la pluie, et qu’il pourrait dissimuler au besoin.

Le premier travail consista donc à évider ces ouvertures. La manœuvre du pic sur cette roche dure eût été trop lente, et on sait que Cyrus Smith était l’homme des grands moyens. Il avait encore une certaine quantité de nitro-glycérine à sa disposition, et il l’employa utilement. L’effet de la substance explosive fut convenablement localisé, et, sous son effort, le granit se défonça aux places mêmes choisies par l’ingénieur. Puis, le pic et la pioche achevèrent le dessin