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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/103

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les naufragés de l'air.

On sait que celle de Gédéon Spilett avait été respectée par l’eau de mer, puisque le reporter avait été jeté tout d’abord sur le sable, hors de l’atteinte des lames. C’était un instrument établi dans des conditions excellentes, un véritable chronomètre de poche, que Gédéon Spilett n’avait jamais oublié de remonter soigneusement chaque jour.

Quant à la montre de l’ingénieur, elle s’était nécessairement arrêtée pendant le temps que Cyrus Smith avait passé dans les dunes.

L’ingénieur la remonta donc, et, estimant approximativement par la hauteur du soleil qu’il devait être environ neuf heures du matin, il mit sa montre à cette heure.

Gédéon Spilett allait l’imiter, quand l’ingénieur, l’arrêtant de la main, lui dit :

« Non, mon cher Spilett, attendez. Vous avez conservé l’heure de Richmond, n’est-ce pas ?

— Oui, Cyrus.

— Par conséquent, votre montre est réglée sur le méridien de cette ville, méridien qui est à peu près celui de Washington ?

— Sans doute.

— Eh bien, conservez-la ainsi. Contentez-vous de la remonter très-exactement, mais ne touchez pas aux aiguilles. Cela pourra nous servir.

— À quoi bon ? » pensa le marin.

On mangea, et si bien, que la réserve de gibier et d’amandes fut totalement épuisée. Mais Pencroff ne fut nullement inquiet. On se réapprovisionnerait en route. Top, dont la portion avait été fort congrue, saurait bien trouver quelque nouveau gibier sous le couvert des taillis. En outre, le marin songeait à demander tout simplement à l’ingénieur de fabriquer de la poudre, un ou deux fusils de chasse, et il pensait que cela ne souffrirait aucune difficulté.

En quittant le plateau, Cyrus Smith proposa à ses compagnons de prendre un nouveau chemin pour revenir aux Cheminées. Il désirait reconnaître ce lac Grant si magnifiquement encadré dans sa bordure d’arbres. On suivit donc la crête de l’un des contreforts, entre lesquels le creek[1] qui l’alimentait, prenait probablement sa source. En causant, les colons n’employaient plus déjà que les noms propres qu’ils venaient de choisir, et cela facilitait singulièrement l’échange de leurs idées. Harbert et Pencroff — l’un jeune et l’autre un peu enfant — étaient enchantés, et, tout en marchant, le marin disait :


  1. Nom que les Américains donnent aux cours d’eau peu importants.