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rentrait chez die par le plus long chemin, cherchant peut-être une aventure, mais quelle aventure ! Le marquis la voit, il l’aborde, il lui parte, il lui propose un souper et un gîte pour la nuit ; il lui parle doucement, il la regarde tendrement ; elle prend le bras du marquis, ils montent dans un fiacre, et enfin ils arrivent à une porte basse : Rose ne sait pas où elle est ; mais qu’importe ? Elle aura à souper.

À un certain signal, la petite porte du jardin s’ouvre et se referme ; le marquis entre dans la maison avec sa compagne. La maison était à peine éclairée, elle était silencieuse ; Rose s’inquiète ; son conducteur la fait monter au deuxième étage, elle voit alors une table dressée et servie ; à cette table étaient assises les deux filles de joie, la tête couronnée de fleurs, et déjà à moitié ivres. Rose Keller, revenue de sa première inquiétude ; allait se mettre à table avec ses compagnes ; mais tout à coup le marquis, aidé de son valet, se jette sur cette malheureuse et lui met un bâillon pour l’empêcher de crier, en même temps on lui arrache ses vêtemens. Elle est nue ; on lui attache les pieds et les mains, puis, avec de fortes lanières de cuir armées de pointes de fer, ces deux bourreaux la fustigent jusqu’au sang ; ils ne s’arrêteront que lorsque cette femme ne fut plus qu’une plaie, et alors l’orgie commença de plus belle. — Ce ne fut que le lendemain matin, quand ces bourreaux furent tout-à-fait ivres, que la malheureuse Keller parvint à briser ses liens et à se jeter par la fenêtre toute nue et toute sanglante ; elle escalada la cour, elle tomba dans la rue, et bientôt ce fut un tumulte immense : le peuple accourt ; la garde arrive, on brise les portes de cette horrible maison où l’on trouva encore le marquis et son domestique, et les deux filles, étendus pêle-mêle au milieu du vin et du sang. Par la conduite de l’auteur, vous pouvez juger ses livres.