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Page:Jules Janin - Le marquis de Sade.djvu/27

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le monde allait finir qu’ils se seraient informés aussitôt où se louaient les meilleures places pour voir le monde finir. Vous comprenez donc combien fut dangereux le petit nombre de ceux qui en ce temps-là prenaient au sérieux quelques chose. En ce temps-là, ce qui perd d’ordinaire les sociétés pouvait sauver la société française ; elle était sauvée si elle fût restée frivole, mais le pouvait-elle ? Quoi qu’il en soit, ce que le marquis de Sade prit au sérieux, ce ne fut pas la liberté, comme Mirabeau ; ce ne fut pas l’extinction de la noblesse, comme Robespierre ; ce fut le vice. Le marquis de Sade fut professeur de vice comme les autres étaient professeurs de liberté. Or voilà un terrible argument contre la liberté aussi bien que contre le vice de ce temps-là, c’est que les uns et les autres arrivent au même résultat, je dis au meurtre.

Et comment, je vous prie, dans ce peuple qui exagérait toutes choses, comment un homme ne se serait-il pas rencontré pour exagérer tant de livres abominables fondés sur l’excitation des sens et dont tant d’écrivains et de libraires faisaient un commerce journalier ? Ouvrez la porte aux livres mauvais, l’inondation vous gagnera bientôt. Ah ! vous avez du temps à perdre, ma belle société française ! ah ! vous trouvez que cela ne vous suffit pas, de passer vos jours à boire et vos nuits à jouer ! Ni le jeu, ni l’intrigue, ni l’amour, ni les causeries politiques, ni les histoires du Parc aux Cerfs, ni les sourires de Mme de Pompadour, ni les agaçantes œillades de Mme Dubarry, ni les fêtes nocturnes des deux Trianons, ni les intrigues d’Opéra au bal masqué dans ces belles nuits où les femmes ne couvrent que leur visage ; ah ! tout cet or, tout ce luxe, toutes les importunités du passé, toutes les joies du présent, toutes les menaces de l’avenir, ah ! rien ne vous suffit ; ni ce trône qu’on mine