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Ce collège Louis le Grand a donné naissance à d’étranges hommes. Songez donc que le marquis de Sade s’est promené dans cette vaste cour contre le mur de la chapelle ; Un autre jeune homme, dix ans après, se promenait, lui aussi en silence, à la même place, les bras croisés, et déjà si triste qu’il faisait peur à ses condisciples. Cet autre s’appelait Maximilien de Robespierre. Ô le digue couple, le marquis de Sade et Robespierre ! L’un qui a rêvé autant de meurtres que l’autre en a exécutés ! L’un dont la passion était le sang et le vice, mais qui n’a pu assouvir que la dernière de ses passions ; l’autre qui n’a eu qu’une passion, le sang, mais qui l’a assouvie jusqu’à la satiété. Deux hommes qui sont sortis des mines de la société, deux hontes sociales ; mais celui-là était une honte si ignoble que la société a déclaré par la voix de Bonaparte, devenu son chef, qu’il était fou ; l’autre au contraire etait une honte si terrible que la société lui a fait l’honneur de le tuer sur l’échafaud ; si bien que justice a été faite à tous deux : Robespierre est mort comme tous les honnêtes gens qu’il a tué et le marquis de Sade est mort parmi tous les misérables fous qu’il a faits !

À quatorze ans, le marquis de Sade sortit du collège, et pour son collège ce fut un jour de fête. Il y avait déjà autour de ce jeune homme je ne sais quel air empesté qui le rendait odieux à tous. C’était déjà un fanatique du vice. Il rêvait le vice comme d’autres rêvent la vertu, et déjà toutes ses rêveries de sa tête auraient suffi à défrayer les cours d’assises de l’enfer. Il sortit du collège à l’instant ou Robespierre y entrait. Ô la pauvre société française qui ne sait rien deviner, et qui ne voit pas qu’elle est perdue, quoique la Bastille soit debout encore !

M. de Sade, au sortir du collège, entra dans les chevau