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le furent pas assez pour ne pas être entendues d’un individu qui semblait sommeiller sur le même banc. Cet individu se leva, se frotta les yeux, et se tournant vers Pelquier il s’écria :

« Est-ce vous, monsieur, qui venez de prononcer le nom béni de ma paroisse natale ? »

Pelquier, des plus étonné de s’entendre interpeller en français par un inconnu, se retourna et lui répondit :

« Veuillez vous expliquer !

« Ai-je rêvé, mais il me semble que vous avez parlé du Sault-au-Récollet ? » dit l’étranger.

« C’est bien possible que j’ai prononcé le nom du Sault-au-Récollet, je connais bien cette place-là.

« Alors, dit l’individu, si vous connaissez le Sault-au-Récollet, vous venez de Montréal, vous êtes un Canayen, ou que le Cric-me-Croque, comme disait mon ami Alphonse Christin.

« Cette histoire, dit notre ami, en se rengorgeant, si je suis canayen, j’vous cré, pour vous servir. Je suis le docteur Antoine Pelletier de Ste-Cunégonde.

« C’est pas à croire, dit l’inconnu dont les yeux se remplirent de larmes. Titoine Pelquier, c’est-y Dieu vrai ! Et lui prenant les mains il les serra à les broyer.

Titoine dégagea sa main en faisant une grimace. « Je vous jure, monsieur, dit-il, que c’est bien là le nom qui m’a été donné au baptême de mon défunt père.

« Alors, dites-moi, fit l’inconnu d’une voix de plus en plus émue, n’auriez-vous pas fait vos études au collège de l’Assomption ?

« En effet, répondit Pelquier, j’y étais dans la classe de M. Latulippe.


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Et tu ne me reconnais pas ?