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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/89

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la vie, tandis que nous y arrivons au contraire poussés par la conséquence logique de notre pensée. Mais du moment que nous avons accepté ces principes autant par notre intelligence que par sentiment de justice, au point qu'ils sont devenus une condition vitale pour nous, — personne ni d'en haut ni d’en bas n'a le droit de nous défendre de parler, de nous associer et d'agir au nom de ces principes, qui sont à nous aussi bien qu'aux ouvriers si même ils le sont d'une autre manière.

Les quelques individualités de l'Internationale avec qui j'ai causé à Genève, aussi bien que toute la masse qui compose l'Internationale de Genève, ont pensé au sujet de notre alliance d'une toute autre manière que ce qui vient d'être exprimé à Bruxelles. Entre autres, Perron m'a dit que du moment que nos deux Ligues s'unissaient, sans se confondre, l'une pour traiter sinon exclusivement, du moins principalement, les questions économiques, l'autre pour traiter les questions politiques, religieuses et philosophiques, en prenant pour base l'une et l'autre le même principe de liberté, de justice et d'égalité économiques et sociales, nous aurions la puissance, toute la révolution à venir en nos mains. Philippe Becker m'a parlé dans le même sens. J'ignore ce que ces deux citoyens ont fait au Congrès de Bruxelles. Il est possible qu'ils n'aient pas tenu parole, il est possible aussi qu'une influence plus puissante que la leur les ait intimidés et réduits au silence. Quoi qu'il en soit, la décision prise au Congrès de Bruxelles ne doit point être considérée par nous comme une expression des sentiments de la masse des ouvriers qui y ont été représentés, mais comme celle de la défiance, ou même, si tu veux, de la malveillance d'une certaine coterie dont tu as sans doute aussi bien deviné le centre que moi [1].

La décision prise ou plutôt qu'on a fait prendre au Congrès de Bruxelles par rapport à nous est une impertinence. Tout en maintenant dignement notre droit d'exister, notre raison d'être, nous ne devons pas permettre à cette impertinence, à cette flagrante injustice, d'influer d'une manière fâcheuse, en le rétrécissant, sur le caractère même de notre Ligue... Quelque désagréable et mesquine que se soit montrée la Ligue des ouvriers par rapport à nous, nous ne pouvons ni ne devons tout de même méconnaître l'immense et utile portée du Congrès de Bruxelles. C'est un grand, le plus grand événement de nos jours ; et, si nous sommes nous-mêmes de sincères démocrates, nous devons non seulement désirer que la Ligue internationale des ouvriers finisse par embrasser toutes les associations ouvrières de l'Europe et de l'Amérique, mais nous devons y coopérer de tous nos efforts, parce qu'elle seule constitue aujourd'hui la vraie puissance révolutionnaire qui doit changer la face du monde... Nous pouvons et nous devons rendre un grand service à la cause de la démocratie socialiste et à la Ligue internationale des ouvriers elle-même, en posant, en préparant les questions, et en éclairant par là même la voie politique qu'il faut suivre pour arriver à la complète solution de la question sociale elle-même. Mais, pour que nous puissions réellement atteindre ce but, il faut absolument que nous acceptions en toute franchise et avec toutes ses conséquences ce principe fondamental qui est aussi celui de la Ligue internationale des ouvriers :

  1. Allusion à Karl Marx.