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Des cahiers du travail. — Cette question avait été mise à l'ordre du jour deux mois seulement avant le Congrès, sur l'initiative des Sections belges. Hins expliqua que le « quatrième État » devait préparer aujourd'hui ses cahiers, comme le Tiers-État avait préparé les siens lors de la convocation des Etats-généraux de 1789. Le Congrès de Genève, en 1866, avait prié toutes les Sections de donner des renseignements complets sur la situation des travailleurs dans chaque pays ; il faut que cette décision soit exécutée et que les travailleurs formulent leurs griefs. En conséquence, les Sections belges émettaient le vœu, qui fut appuyé, qu'au Congrès de l'année suivante (1869) toutes les Sections apportassent des rapports complets sur tout ce qui concerne la situation de la classe ouvrière.

IX


Le second Congrès de la Ligue de la paix et de la liberté à Berne, 21-25 septembre 1868. L'Alliance internationale de la démocratie socialiste.


L'attitude prise par le Congrès de l'Internationale indisposa fort les chefs de la Ligue de la paix et de la liberté : non seulement ceux qui représentaient simplement la bourgeoisie radicale ou libérale, mais même ceux qui représentaient simplement la bourgeoisie radicale ou libérale, mais même ceux qui étaient des révolutionnaires socialistes, comme Michel Bakounine.

Bakounine, après le Congrès de la paix de 1867, avait quitté l'Italie, où il séjournait depuis la fin de 1863, pour s'établir à Clarens (Vaud). Il était devenu membre du Comité central de la Ligue de la paix et de la liberté, dans lequel il s'efforça de faire prévaloir les idées socialistes. Au commencement de juin, ce Comité, après avoir décidé que le second Congrès de la Ligue se tiendrait à Berne, vota une déclaration de principes qui fut imprimée et qui est ainsi conçue :


La Ligue reconnaît la nécessité absolue de ne pas séparer les trois termes du problème social : question religieuse, question politique, question économique. En conséquence, elle affirme :

1° Que la religion, affaire de conscience individuelle, doit être éliminée des institutions politiques ainsi que de l'enseignement public, afin que les Églises ne puissent plus entraver le libre développement de la société ;

2° Que les États-Unis de l'Europe ne peuvent avoir d'autre organisation que celle qui se fonde sur des institutions populaires ayant pour lien la fédération, pour élément l'égalité des droits de l'individu, ainsi que l'autonomie des communes et des provinces dans le règlement de leurs intérêts respectifs ;

3° Que le système économique actuel doit être radicalement changé, si nous voulons arriver à une répartition équitable des richesses, du travail, du loisir, de l'instruction, condition essentielle de l'affranchissement des classes ouvrières et de l'abolition du prolétariat.

La Ligue proteste contre toute tentative de réforme sociale faite par un pouvoir despotique quelconque.


C'est sur la proposition de Bakounine que le troisième paragraphe de ce programme avait été adopté : il s'en félicitait comme d'un triomphe (lettre à Ogaref du 14 juin 1868).

Bakounine ne s'en était pas tenu à une simple déclaration de principes ; il avait cherché à décider la Ligue à se rapprocher de l'Internationale ; et, prêchant d'exemple, il s'était fait admettre, en juillet 1868, comme membre de la Section centrale de Genève, où il se lia aussitôt avec Charles Perron.