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comparaître devant elle des témoins et ceux qu’elle appelait des accusés. Elle prétendait faire porter son enquête sur l’existence d’une société secrète, qui se serait appelée l’Alliance de la démocratie socialiste, et qui aurait existé à côté de l’association publique fondée en septembre 1868 sous ce même nom ; les deux sociétés auraient eu le même programme, et la seconde, l’Alliance publique, aurait été seulement une sorte de paravent, de trompe-l’œil destiné à dissimuler l’existence et l’action de la première. Cette société secrète aurait eu des statuts et un programme opposés à ceux de l’Internationale, dont elle aurait été la rivale et l’ennemie.

Je refusai, pour moi, de comparaître devant la Commission. Je n’avais jamais été membre de l’Alliance de la démocratie socialiste, l’Association fondée lors du Congrès de Berne par Bakounine, Reclus et leurs amis ; j’avais refusé de constituer au Locle un groupe de cette Alliance ; j’avais refusé ensuite de m’inscrire comme membre de la Section de l’Alliance de Genève ; et tout cela, je l’avais toujours déclaré hautement. Quant à me demander si j’avais fait partie ou si je faisais encore partie de quelque société secrète, c’était une question que je ne reconnaissais à personne le droit de me poser ; question qu’il est ridicule, d’ailleurs, d’avoir seulement l’idée de poser à quelqu’un, puisque le devoir du membre d’une organisation secrète serait de ne rien répondre. J’avais dit au Congrès de la Chaux-de-Fonds, le 4 avril 1870 : « Chaque membre de l’Internationale garde la liberté pleine et entière de s’affilier à n’importe quelle société secrète, fût-ce même la franc-maçonnerie ; une enquête sur une société secrète, ce serait simplement une dénonciation à la police ; » et je persistais dans cette façon de penser. Néanmoins, les délégués espagnols, ainsi que Joukovsky et Schwitzguébel, qui avaient bien voulu, eux, se prêter à l’enquête, ayant insisté auprès de moi et m’ayant représenté qu’il ne fallait pas avoir l’air de me dérober, je consentis, le samedi après-midi, à causer avec les membres de la Commission, mais à la condition expresse qu’il fût bien entendu que notre conversation n’aurait d’autre caractère que celui d’un entretien privé, et nullement celui d’un interrogatoire.

J’emprunte au Bulletin, en reproduisant à peu près textuellement son compte-rendu, le récit de ce qui est relatif à l’enquête sur l’Alliance, et aux votes émis par la majorité à la suite du rapport présenté par la Commission dans la séance privée du samedi soir :


La Commission d’enquête sur l’Alliance employa plusieurs séances (secrètes) à examiner des documents qui lui furent remis par Engels, et à entendre divers témoins. Cette Commission manifesta d’abord l’étrange prétention de se poser en juge d’instruction : l’interrogatoire des témoins devait être secret, et on devait ensuite procéder à des confrontations et chercher à prendre les témoins en défaut. Une partie de ceux qui furent appelés de la sorte refusèrent de répondre ; d’autres, les accusateurs, entretinrent au contraire pendant de longues heures la Commission de leurs griefs. Nous ne pouvons pas dire ce qui se passa dans ces séances ; nous ne connaissons pas les dépositions qui y furent faites, nous n’avons pas vu les pièces qui y furent produites ; mais il suffira, pour édifier nos lecteurs, de leur faire connaître les opinions de deux des membres de la Commission.

Roch Splingard, après avoir assisté à tous ces débats mystérieux, après avoir entendu les révélations de MM. Marx et Engels, déclara à qui voulut l’entendre que l’enquête ne pouvait aboutir à rien, que les accusateurs n’avaient apporté aucun document sérieux, que toute cette affaire était une mystification, et qu’on lui avait fait perdre son temps en le plaçant dans une Commission pareille. Du reste, on trouvera plus loin le rapport écrit qu’il a présenté, comme formant la minorité de la Commission.