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ses neuf adhérents contre la Fédération espagnole, prononcer un verdict du genre de celui qu’il a rendu dans le conflit entre la majorité et la minorité de la Fédération romande en 1870. Nous ne désespérons pas de voir Marx décider que les ouvriers espagnols n’étant qu’une majorité factice, tandis que la majorité réelle est composée des neuf individus bien pensants, les neuf acolytes de son gendre porteront à l’avenir le titre de Fédération espagnole, et que cette dernière aura à se chercher un nom quelconque, comme Fédération des Pyrénées ou quelque autre semblable. Et alors Lafargue aura presque égalé les lauriers du glorieux Outine !


La prévision du Bulletin faillit se réaliser : le Conseil général de Londres, s’autorisant de la résolution administrative n° V du Congrès de Bâle (tome Ier, p. 207), prononça l’admission dans l’Internationale, malgré la volonté des Espagnols, de la Nueva Federacion madrileña ; le Congrès de la Haye admit son délégué, qui fut Lafargue en personne ; et, d’autre part, le Conseil général contesta sérieusement, à la Haye, le mandat des délégués véritables de l’Internationale espagnole, et fit tout ce qu’il put pour les empêcher de siéger, comme on le verra plus loin.

La Emancipacion jugea le moment venu de jeter complètement le masque. Elle somma (dans son n° 54, du 23 juin) le Conseil fédéral espagnol d’avoir à communiquer à tous les Conseils locaux la circulaire privée Les prétendues scissions dans l’Internationale, « afin que les fédérations aient une connaissance exacte des intrigues que quelques bourgeois ont ourdies dans le sein de notre chère Association ». Elle continua à dénoncer la Alianza, — dont ses rédacteurs avaient tous fait partie, — en affirmant que cette société secrète n’avait d’autre but, comme Lafargue l’avait dit à Madrid, que de désorganiser l’Internationale. De son côté Lafargue publia une brochure sous forme de lettre « aux internationaux de la région espagnole » (A los internacionales de la région española, Madrid, 27 juin 1872), dans laquelle il réédita toutes les accusations qu’il avait déjà lancées, tant par la voie de la presse, que dans les réunions auxquelles il avait assisté.

Voyant l’attitude qu’avaient prise ses anciens amis de la Emancipacion, et désespérant de pouvoir ramener la concorde parmi ceux qu’il aurait voulu voir travailler dans une union fraternelle à l’œuvre sainte de l’émancipation du prolétariat, Anselmo Lorenzo, secrétaire général du Conseil fédéral, écœuré et découragé, donna sa démission, quitta Valencia, se rendit à Vitoria, chez un ami, pour s’isoler, et peu de temps après passa en France. Les auteurs du libelle L’Alliance ont écrit, à propos de cette démission, que les « alliancistes » (c’est-à-dire les internationaux espagnols qui n’avaient pas voulu renoncer à l’autonomie de leur Fédération) avaient usé de violence et d’intimidation : « À Valencia, Mora fut attiré dans un guet-apens tendu par les membres du Conseil fédéral, qui l’y attendaient des gourdins à la main. Il en fut tiré par les membres de la Fédération locale, qui connaissent les procédés de ces messieurs, et affirment que c’est devant des arguments aussi frappants que Lorenzo a donné sa démission [1]. » J’ai appelé l’attention de Lorenzo sur ce passage, qu’il n’avait jamais lu, et l’ai prié de me faire connaître l’exacte vérité. Voici ce qu’il m’a répondu :


Je ne connaissais pas le passage qui me concerne dans la brochure de Marx, et j’y réponds ce qui suit : Pendant le court espace de temps que je résidai à Valencia, Mora n’y fut pas, et par conséquent ce qui est dit des gourdins dont il fut menacé, et qui auraient aussi inspiré ma démission, est faux. Je démissionnai du Conseil fédéral, parce

  1. L’Alliance, etc., p. 37.