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« Je vous dois, dit-il, un mot d'explication sur la religion de Dieu dont je viens de parler ; j'entends par là la religion de la vérité, la religion de la raison. »

Cette explication souleva quelques bravos isolés ; mais elle n'effaça pas l'impression fâcheuse, qui redoubla lorsque Garibaldi lut l'article suivant :

« Ottavo. — Le Congrès consacre au sacerdoce les homme d'élite de la science et de l'intelligence ; il consacre au néant tout sacerdoce de l'ignorance. »

De Charybde en Scylla ! nous disions-nous. Qu'est-ce que c'est que ce sacerdoce nouveau pour remplacer l'ancien ? Garibaldi grand-pontife et prêchant la théophilanthropie ! Quelle chute !

Visiblement affecté par la désapprobation muette de l'assemblée, Garibaldi continua :

« Nono. — Propagande de la religion de Dieu par l'instruction, l'éducation et la vertu.

« Decimo. — La république est la seule forme de gouvernement digne d'un peuple libre. »

Ici, il y eut une explosion d'applaudissements, légitimement appelés par cette déclaration, et qui soulagèrent chacun. Garibaldi ajouta :

« Ce n'est point là une opinion d'aujourd'hui. La république est le gouvernement des honnêtes gens. Si on le contestait, il suffirait de faire remarquer qu'à mesure que les peuples se sont corrompus, ils ont cessé d'être républicains. »

Il reprit ensuite sa lecture :

« Undecimo. — La démocratie seule peut revendiquer contre les fléaux de la guerre.

« Duodecimo. — L'esclave seul a le droit de faire la guerre aux tyrans. » (Applaudissements enthousiastes à gauche.)

« Ici, fit observer Garibaldi, je m'écarte peu, apparemment, de ce que nous désirons. Je dis et je proclame que l'esclave a le droit de faire la guerre aux tyrans. C'est le seul cas où je crois que la guerre est permise. »

Ayant achevé la lecture de ses articles, le général continua en ces termes :

« Pour que le Congrès ait d'heureux résultats, il faut qu'on ne se borne pas à celui d'aujourd'hui ; il faut qu'après celui-ci on en réunisse un autre ; il faut qu'un Comité permanent continue la mission commencée par de généreux et braves citoyens. »

Garibaldi avait sur le cœur l'accueil fait à ses propositions religieuses, on le voyait. Il revint sur ce sujet pour terminer son discours :

« Si vous le permettez, j'ajouterai encore un mot ; je serai bref.

« En touchant à quelque argument de religion, je suis persuadé de n'avoir pas rencontré l'opinion de tout le monde. Il en est malheureusement ainsi pour cette question. Toutefois, je suis persuadé qu'il n'y a personne qui puisse détacher la question religieuse de la question politique... Je le dis, on ne pourra remédier aux malheurs du monde sans remédier aux abus de la prêtrise. »

Garibaldi se rassit. On applaudit encore, mais, de notre côté du moins, c'était l'homme plutôt que les paroles qu'on applaudissait.

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