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tion politique » ; bien plus, il avait ajouté que « l’établissement des libertés politiques est une mesure première d’une indispensable nécessité ». Mais les promoteurs de cette résolution, ç’avaient été Perron, Monchal, et moi-même ; nous nous trouvions encore, à ce moment-là, engagés dans la politique de la démocratie sociale, disposée à pratiquer une alliance avec l’un ou l’autre des partis politiques bourgeois en vue d’obtenir des réformes par la voie législative. Depuis, nous avions reconnu notre erreur ; et en 1869, au lendemain du Congrès de Bâle, quand Moritz Hess avait écrit dans le Réveil que « les collectivistes de l’Internationale pensent que la révolution politique et la démocratie radicale doivent précéder la révolution et la démocratie sociale », nous avions protesté, et le Progrès avait répondu : « M. Hess laisse voir le fond de sa pensée : il voudrait, comme tous les radicaux, exploiter le socialisme au profit de la politique bourgeoise... Ce sont les hommes qui prêchent ces choses-là qui cherchent à détourner l’Internationale de son véritable but ; pour nous,... nous persisterons à refuser de nous associer à tout mouvement politique qui n’aurait pas pour but immédiat et direct l’émancipation complète des travailleurs. »

La déclaration du Conseil général publiée à l’occasion du plébiscite, en 1870, ne pouvait pas plus avoir, pour l’Internationale, de caractère obligatoire que n’en avait l’Address de 1864.

Quant aux « traductions infidèles des statuts originaux », je vais revenir une dernière fois sur cette question, en reproduisant un passage du Mémoire Justificatif de Robin. Ce passage contient plusieurs erreurs ; et comme je n’ai fait que le paraphraser lorsque j’ai écrit, en 1872 ou 1873 le contenu des pages 200-210 du Mémoire de la Fédération Jurassienne, j’ai répété alors, à la suite de Robin, les erreurs qu’il avait commises.

Voici ce qu’a dit Robin au sujet de la résolution IX de la Conférence, et spécialement de son premier et de son cinquième alinéas :


Il y a dans l’Internationale, je le rappelle, deux opinions : les uns veulent que les ouvriers cherchent à conquérir le pouvoir politique en s’insinuant un à un, faute de mieux, dans les assemblées parlementaires actuelles ; les autres repoussent ce moyen et veulent l’organisation politique du prolétariat en dehors de l’État actuel et contre lui. Les premiers ont eu la rouerie d’appeler leur manière de faire : « s’occuper de politique » ; et les autres ont laissé appeler la leur : « ne pas s’occuper de politique ». Ces expressions vagues pour représenter des idées nettes ont admirablement servi les inventeurs de ces expressions, Marx et Cie. Elles leur ont permis de mettre dans un même sac les coopérateurs réactionnaires, plus tard traîtres, Tolain, Murat, Héligon, et les révolutionnaires an-archistes dont les idées furent si bien exprimées par l’ex-Section de l’Alliance.

Dans la Conférence, on embrouilla avec art et de mille manières cette histoire si simple. Voici des exemples de la méthode suivie. Dans de longs développements, on prouve aux dupes que c’est parce qu’on a omis dans la traduction de l’anglais en français du paragraphe III des Considérants les trois mots as a means, qu’il s’est trouvé dans l’Internationale des gens qui n’ont pas voulu faire de la politique. Si donc à ce paragraphe ou avait ajouté : comme moyen, on aurait pu exclure ces individus de l’Internationale ! !

Or ces mots ont été ajoutés pour la première fois dans la seconde édition [française] des statuts publiée à Paris vers mars 187o ; j’avais été chargé de relire avant la réimpression ces statuts, et, sans plus amples recherches, j’avais, sur une simple observation de Lafargue, fait cette correction et quelques autres d’après le texte anglais. J’atteste que seuls ceux à qui je les ai signalées se sont aperçus de