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1871 sont ensevelis sous une telle couche de poussière que je ne sais plus rien de précis... Je me souviens que le sac de voyage m’a été envoyé de Sonvillier, qu’il avait un double fond, et que j’ai dû à mon arrivée à Paris le déposer chez Mlle P. ; celle-ci devait me mettre en relations avec des gens ayant connu ou approché Varlin, dont on ne savait rien de précis à ce moment ; elle m’a fait connaître, entre autres, la fille de Pierre Vinçard. Je suis allé à la Marmite, rue Larrey ; à Montmartre, rue Lepic ; et, je ne sais plus où, chez Mme Lallemand (Mme Lefrançais), pour avoir des renseignements sur Varlin, sans rien pouvoir découvrir, naturellement.

Mais, pendant mes recherches, on me parla de communards en détresse, et en particulier d’un colonel nommé Doux, dont le signalement ne correspondait à aucun de ceux des passeports dont je pouvais disposer. Comme le mien propre pouvait mieux s’appliquer au cas, j’allai à la légation suisse, et fis faire un passeport pour moi ; ... je le lis légaliser ensuite à la préfecture de police, et mon colonel s’en fut avec la pièce, je ne sais où. Ce sont des amis de Mme Rouillier, la femme du secrétaire de Vermorel [1], qui m’avaient mis en relation avec le colonel Doux.

Je n’ai pas vu Mme André Léo [2]. Mais j’ai eu des relations avec l’avocat Laviolette ; avec Paul Lanjalley, qui venait de publier avec Paul Corriez la première histoire de la Commune ; avec le Dr Robinet, le positiviste ; avec Dupont (de Bussac), très connu alors pour ses plaidoyers devant les Conseils de guerre. J’avais pour Mme Lallemand une lettre de son mari (Lefrançais). C’est aussi à cette époque que j’ai fait la connaissance de Tajan-Roger, le beau-père de Henri Brisson, un vieux saint-simonien qui avait organisé jadis la partie musicale d’une expédition en Algérie. Il me demandait alors anxieusement ce qu’on pensait de son gendre dans l’Internationale, et entre temps m’envoyait copier rue Mazagran (chez Brisson) son portrait en costume saint-simonien, tunique boutonnant au dos.


Je n’aurai, dans ces souvenirs, à parler des réfugiés de la Commune qu’incidemment, au point de vue des rapports personnels que j’ai eus avec quelques-uns d’entre eux, en particulier avec Lefrançais, Ch. Beslay, Élie et Élisée Reclus, Pindy, et de leur action dans l’Internationale en Suisse. Pour tout, le reste, je renvoie à l’ouvrage que prépare Lucien Descaves sur la proscription communaliste, ouvrage en vue duquel il réunit, depuis plusieurs années, une documentation qui promet un livre des plus intéressants. Je me contente de citer les noms des réfugiés que j’appris à connaître à Neuchâtel, pendant le séjour plus ou moins long qu’ils tirent dans cette ville : c’étaient Adolphe Clémence, relieur, un ami de Varlin ; le vieux Charles Beslay, l’ami de Proudhon, à la Banque d’échange duquel il opposait une banque de son invention qu’il essaya de faire fonctionner en Suisse ; le vannier Gaffiot, du Creusot ; le peintre en bâtiments Dargère ; un ouvrier sellier d’origine russe, Mahler ; le blanquiste Jeallot, qui fut réduit pendant longtemps, pour gagner son pain, à tourner la roue d’une presse dans une imprimerie ; les deux Berchthold, l’oncle et le neveu, architectes ; un jeune ingénieur, Decron, qui travailla plusieurs années dans

  1. Éd. Rouillier, aujourd’hui directeur des usines à gaz de Turin, était lié depuis 1869 avec Gustave Jeanneret ; il nous avait adressé quelques correspondances pour la Solidarité en 1870. Arrêté après la Commune, il fut envoyé sur les pontons ; il bénéficia d’un acquittement, et je fis sa connaissance à son passage à Neuchâtel, lorsqu’il quitta la France.
  2. On a vu que Mme Champseix avait déjà quitté Paris.