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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/42

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Voici enfin ce que la brochure Card nous apprend (p. 28) au sujet des adhésions envoyées au Congrès par des organisations qui n’avaient pu s’y faire représenter, ou par des notabilités scientifiques :


Pour compléter ce compte-rendu, il faut faire mention des lettres d’adhésion que le Congrès a reçues de différents pays ; et d’abord, deux lettres d’Italie, une du Comité central des Sociétés ouvrières de la Lombardie. Cette lettre était de Gaspard Stampa, membre du Conseil central des associations ouvrières d’Italie. L’autre du Comité des représentants de 44 associations ouvrières d’Italie, qui a son siège à Gênes… D’Allemagne… on a reçu aussi deux lettres : l’une de M. Büchner, qui jouit d’une célébrité universelle dans les sciences exactes et y fait l’autorité, qui reconnaît pourtant qu’il regarde comme son plus grand mérite d’avoir contribué à la fondation des sociétés ouvrières et des associations coopératives de Darmstadt et d’avoir toujours proclamé hautement que, de toutes les questions qui occupent les esprits, la question du travail est la plus importante pour l’avenir de l’humanité… ; l’autre lettre est de M. Lange, qui se distingue par des vues larges et justes dans la science de l’économie sociale et qui a fait beaucoup pour la propagation et le progrès du mouvement coopératif en Allemagne.


On chercherait en vain, dans les trente pages du Compte-rendu du Congrès de Genève, le nom de Karl Marx. Voir au tome IV, p. 335, un extrait du compte-rendu du Courrier international, où le nom de Marx est mentionné dans un débat sur l’article 11 du règlement. À dessein, il ne s’était pas rendu à cette réunion, préférant rester dans la coulisse. Un mois après, il écrivait à son jeune ami et confident, le Dr Kugelmann : « J’avais de grandes inquiétudes au sujet du premier Congrès, à Genève. Mais, en somme, il a réussi au-delà de mon attente. L’impression en France, en Angleterre et en Amérique était inespérée. Je n’ai pas pu y aller, et ne l’ai pas voulu non plus, mais c’est moi qui ai écrit le programme des délégués de Londres. Je l’ai limité exprès aux points qui permettent une entente immédiate et une action commune des ouvriers, et qui donnent immédiatement un aliment et une impulsion aux besoins de la lutte de classe et à l’organisation des ouvriers comme classe. Messieurs les Parisiens avaient la tête remplie de la plus creuse phraséologie proudhonienne. Ils parlent de science, et ne savent rien. Ils dédaignent toute action révolutionnaire, c’est-à-dire procédant de la lutte de classe elle-même, tout mouvement social centralisé[1] et par conséquent réalisable aussi par des moyens politiques (comme par exemple la diminution de la journée de travail par voie législative). Sous prétexte de liberté et d’anti gouvernementalisme, ou d’individualisme anti-autoritaire, — ces messieurs, qui ont accepté pendant seize ans et acceptent encore si tranquillement le plus abominable despotisme, — ils prêchent en réalité le régime bourgeois vulgaire, seulement idéalisé à la mode proudhonienne. Proudhon a fait un mal énorme. Son apparente critique et son apparente opposition contre les utopistes (il n’est lui-même qu’un utopiste petit bourgeois, tandis qu’on trouve au moins dans les utopies d’un Fourier, d’un Owen, etc., le pressentiment et l’expression imaginative d’un monde nouveau) ont d’abord gagné et séduit la « jeunesse brillante[2] », les étudiants, ensuite les ouvriers, en particulier ceux de Paris, lesquels, comme ouvriers de luxe, se trouvent, sans s’en douter, faire grandement partie de la vieille ordure[3]. Ignorants, vaniteux, prétentieux, bavards, gonflés d’emphase, ils ont été sur le point de tout gâter, étant accourus au Congrès en un nombre nullement proportionné à celui de leurs membres. Dans le Report [compte-rendu] je leur donnerai sur les

  1. Alle concentrirte gesellschaftliche Bewegung.
  2. En français dans l’original.
  3. Die als Luxusarbeiter, ohne es zu wissen, « sehre » dem alten Dreck angehören. Marx veut dire que les ouvriers parisiens sont en réalité des bourgeois.