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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/407

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listes, et qui avaient une tendance très prononcée à revenir à leur point de départ, au simple radicalisme, comme l’a prouvé le rôle qu’ils ont consenti à jouer dans les dernières élections au profit des radicaux. Nous ne leur en faisons point un crime, quoique à notre point de vue ils aient commis une faute ; nous nous bornons pour le moment à constater des faits. Aux Genevois radicaux s’était joint, chose assez étrange, l’ancien parti coulleryste de la Chaux-de-Fonds, parti anti-radical, fondé en 1868 dans le canton de Neuchâtel pour combattre le régime radical. Comment expliquer cette alliance ? Par le fait que ni les Genevois ni les coullerystes n’étaient révolutionnaires, du moins dans le sens que nous attachons à ce mot : les uns et les autres étaient simplement coopérativistes, et, de plus, ils étaient patriotes, nationaux. Nous devons dire toutefois qu’il peut se trouver quelques exceptions individuelles à ce jugement général ; nous en connaissons deux ou trois ; mais, pour l’immense majorité du groupe dont nous parlons, le jugement est exact.

Cependant, si ce second groupe ne s’était trouvé composé que des Genevois et des coullerystes, la position ne serait pas devenue ce qu’elle est ; tout le monde aurait vu clairement qu’il y avait en présence d’un côté, chez nous, les révolutionnaires, et de l’autre côté, chez eux, les modérés, les coopérateurs, les patriotes. Mais d’autres éléments sont venus compliquer une situation qui sans cela eût été très simple.

Il s’est trouvé dans le second groupe, à côté de la grande majorité des modérés, une petite fraction d’hommes réellement révolutionnaires. Seulement, ils conçoivent la révolution autrement que nous : autant notre socialisme est an-archiste et populaire, autant le leur est autoritaire et doctrinaire. Ils diront encore que nous les calomnions : il doit cependant nous être permis d’apprécier leurs opinions, puisqu’ils les publient dans des journaux, et il nous est impossible de ne pas dire franchement ce qu’il nous semble de leurs principes, et de ne pas appeler un chat un chat.

Nous allons faire toucher au doigt la différence entre eux et nous. Parmi ces révolutionnaires-là, il y a des Français, des Allemands et des Russes ; ils sont tous, ou presque tous, communistes : les Français sont des communistes de l’école de Blanqui, — ou, s’ils ne se réclament pas directement de lui, ils professent des principes analogues à ceux qu’on appelle généralement blanquisme ; les Allemands sont des communistes de l’école de Marx (et Marx siège au Conseil général, ce qui explique bien des choses) ; et les Russes sont des communistes de l’école de Tchernychevsky.

On comprendra maintenant pourquoi l’Égalité a pu faire illusion à quelques-uns de nos amis, en affectant, depuis le Congrès romand, certaines allures révolutionnaires. C’est qu’il y avait en réalité quelques révolutionnaires dans le second groupe, mais révolutionnaires avec des tendances opposées aux nôtres, et que ce sont ces hommes qui ont rédigé l’Égalité. Mais, malgré la confusion qu’a fait naître cette circonstance, un examen sérieux montre les choses comme nous venons de les exposer : d’un côté la tendance an-archiste, le socialisme populaire, le collectivisme ; de l’autre côté, d’abord une grande majorité qui ne dépasse pas les idées coopératives, puis une minorité qui se trouve en opposition directe avec nous et qui représente