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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/378

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contre les menaces ridicules que les patrons avaient placardées sur les murs de la ville.

Cette réunion était composée exclusivement de citoyens suisses, parce qu'il fallait, une fois pour toutes, prouver à nos calomniateurs que l'Internationale est comprise et acceptée chez nous, par les ouvriers de notre République, et que les histoires de meneurs étrangers, de directions venues de Londres et de Paris, sont des inventions stupides de la presse bourgeoise.

Après avoir entendu un discours de Grosselin, qui a très bien réfuté les incroyables prétentions de Messieurs les patrons, et dont les paroles ont soulevé d'ardentes acclamations, l'assenblée a voté à l'unanimité une protestation énergique ; puis elle s'est séparée dans un ordre parfait.

Nous demandons à nos frères de Genève de nous permettre, au sujet de leur imposante manifestation, de revenir sur les idées que nous avons déjà émises plusieurs fois, mais qui se présentent à nous avec plus de force que jamais. Et si nous sommes obligés, pour expliquer notre pensée, de répéter souvent le nom de l'orateur qui a si bien exprimé le sentiment de l'assemblée populaire, notre ami Grosselin voudra bien nous pardonner.

Voici la réflexion que nous faisions en lisant dans l’Égalité la reproduction du discours de Grosselin :

Si pourtant les ouvriers de Genève qui portaient Grosselin comme candidat au Conseil d'État avaient réussi, et qu'il eût été élu membre du gouvernement, aurait-il pu, dans cette position officielle, rendre à la cause des travailleurs des services plus importants que celui qu'il lui a rendu dans l'assemblée populaire ?

Qu'est-ce qui avait désigné Grosselin à l'attention et à la confiance des ouvriers ? C'est précisément sa parole courageuse, qui déjà en plus d'une circonstance a été l'organe des travailleurs genevois. En votant pour lui, c'est donc l'orateur populaire qu'on aurait porté au Conseil d'État.

Assis sur le fauteuil des gouvernants, devenu collègue de MM. Camperio et Cie, pense-t-on que Grosselin, dans la circonstance qui nous occupe, aurait pu se servir d'une manière efficace de la portion de pouvoir qui lui aurait été confiée, soit pour amener les patrons plâtriers à accepter les conditions de leurs ouvriers, soit pour empêcher la coalition et prévenir la grève générale [1] ? Évidemment non. Dans ces choses-là, le gouvernement est impuissant ; une seule attitude lui est permise : laisser faire librement chacun dans la mesure de son droit. Et c'est jusqu'à présent ce que le gouvernement genevois a fait ; on ne peut pas lui reprocher, cette fois, d'atteinte à la liberté des uns ni des autres. Si donc Grosselin avait été au Conseil d'État, les choses se seraient passées exactement comme elles se sont passées, — sauf peut-être en un point.

La grande assemblée ouvrière aurait eu lieu, comme elle a eu lieu en effet ; mais Grosselin y aurait-il pris la parole ? Lorsqu'on occupe une position officielle, on y regarde à deux fois avant de se faire le

  1. C'est « le lock-out général » qu'il aurait fallu dire, puisque c'étaient les patrons qui avaient fermé tous les ateliers et chantiers du bâtiment pour forcer les ouvriers plâtriers-peintres à se soumettre.