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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/377

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« Nous devons compter avec les faits qui se produisent parmi les ouvriers de tous les pays : nous serions encore une fois autoritaires et doctrinaires, si nous voulions imposer aux ouvriers quelque système élaboré par des savants dans leurs cabinets. Eh bien ! voyez ce qui se passe en Angleterre, en France [1], en Allemagne, en Amérique. Les ouvriers de tous ces pays prennent une vive part aux élections ; partout ils posent des candidatures ouvrières, etc. »

Oui. nous devons compter avec les faits existants.

Et c'est pourquoi nous déclarons que si les Anglais, les Allemands, les Américains ont un tempérament qui leur fait voir les choses autrement que nous ; si leur conception de l'État diffère de la nôtre, si enfin ils croient servir la cause du travail au moyen des candidatures ouvrières, nous ne pouvons pas leur en savoir mauvais gré. Nous pensons autrement qu'eux ; mais, après tout, ils sont plus compétents que nous pour juger de la situation chez eux, et, d'ailleurs, s'il leur arrive de se tromper en ce moment, l'expérience leur fera reconnaître leur erreur mieux que ne le pourrait faire tout le raisonnement des théoriciens.

Mais nous demandons, à notre tour, à être mis au bénéfice de la même tolérance. Nous demandons qu'on nous laisse juger quelle est la tactique qui convient le mieux à notre position [, et agir d'une façon qui n'est pas celle des Allemands ou des Anglais [2]], sans en conclure dédaigneusement à notre infériorité intellectuelle. Et lorsqu'un mouvement anti-politique se produit avec autant de puissance, lorsque des hommes des nationalités les plus diverses, des Belges, des Hollandais, des Suisses, des Français, des Espagnols, des Italiens, y participent, il nous semble juste de reconnaître là aussi un fait qui a le droit d'être respecté.

Travaillons chacun dans notre voie ; élaborons nos théories, en tenant compte de l'expérience de chaque jour ; tâchons de nous défaire de toute prétention au dogme, à l'absolu ; discutons de bonne foi, sans arrière-pensée personnelle : il est impossible que la vérité ne se dégage pas du grand débat qui préoccupe en ce moment toute l'Internationale. Et s'il arrivait que nous ne pussions pas nous mettre d'accord, rappelons-nous que, dans ces questions-là, la vérité n'est pas une, mais multiple, c'est-à-dire que ce qui convient à certains groupes d'hommes peut n'être pas approprié à d'autres, et laissons chaque groupe choisir en toute liberté l'organisation, la tactique et la doctrine qui résultent pour lui de la force des choses.


Quinze jours après, autre article à propos de l'assemblée populaire du 7 juin :


La protestation populaire à Genève.
(Solidarité du 18 juin 1870.)

Mardi 7 juin, le peuple ouvrier de Genève a protesté, dans une assemblée qui comptait, d'après l’Égalité, cinq mille assistants,

  1. Il n'est pas exact de ranger la France au nombre des pays favorables aux candidatures ouvrières. La plupart des Sections françaises y sont au contraire opposées. (Note de la Solidarité.)
  2. J'intercale les mots placés entre crochets, omis dans le texte de la Solidarité, et nécessaires au sens.