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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/240

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n'a point fait de déclaration de principe nette et franche, laisse voir maintenant le fond de sa pensée : il voudrait, comme tous les radicaux, exploiter le socialisme au profit de la politique bourgeoise. Nous connaissons cette rengaine de la révolution politique qui doit précéder la révolution sociale. Ce sont les hommes qui prônent ces choses-là qui cherchent à détourner l'Internationale de son véritable but : pour nous, nous nous en tenons au programme de notre grande Association, tel qu'il a été exprimé dès le début, et nous persisterons à refuser de nous associer à tout mouvement politique qui n'aurait pas pour but immédiat et direct l'émancipation complète des travailleurs.

Il est inutile, après les nombreux articles dans lesquels nous avons fait connaître les principes de notre socialisme, de déclarer que, malgré les affirmations ridicules de M. Hess, nous ne sommes ni communistes ni russes, que la barbarie et le despotisme sont justement ce que nous voulons détruire, que nous défendons la cause de la civilisation et de la liberté ; enfin que c'est nous qui avons créé le terme de collectivistes pour l'opposer à celui de communistes, et que c'est à nous surtout, par conséquent, qu'il appartient de prendre le titre de collectivistes de l'Internationale.


Bakounine quittant Genève, quels étaient les hommes auxquels allait incomber la tâche de continuer dans cette ville la propagande du socialisme révolutionnaire et de lutter contre l'esprit bourgeois de la fabrique ? Serno-Soloviévilch, qui avait rendu de si grands services pendant les grèves de 1867 et 1868, était mort, et sa mort était une grande perte pour l'Internationale genevoise : s'il eût vécu, son influence eût pu contrebalancer jusqu'à un certain point celle de la coterie réactionnaire. De son vivant, les intrigants l'avaient poursuivi de leur haine et de leur basses calomnies ; quand on l'eut enterré, ses adversaires, trouvant politique de tâcher de faire oublier leur attitude, n'osèrent pas s'opposer à l'érection du monument qui lui fut élevé au cimetière, avec les souscriptions des ouvriers du bâtiment principalement. « Serno-Soloviévitch, dont ces messieurs parlent aujourd'hui avec des larmes de crocodile dans les yeux, et qui fut certainement l'un des membres les plus utiles et les plus dévoués de l'Internationale de Genève, avait été traité publiquement par eux d'espion russe » (Bakounine, Rapport sur l'Alliance, portion inédite, p.57). Brosset, si énergique autrefois, n'était plus le même, surtout depuis qu'il avait perdu en sa femme, comme l'a écrit Bakounine dans son Rapport sur l'Alliance, « un cœur fort, une amie constante, qui était son bon génie inspirateur ». Restaient Perron et Robin.

« Perron, par l'exaltation désintéressée de ses principes, et surtout par sa profonde amitié pour Serno-Soloviévitch, dont il prit toujours noblement la défense, s'était attiré de bonne heure les haines de ses concitoyens genevois. Mais c'est surtout à partir de la fin de 1868, après le Congrès de Bruxelles, alors qu'il fut le fondateur et le principal rédacteur du journal l’Égalité, qu'il devint le bouc émissaire de la bonne société genevoise. Il eut le malheur, en outre, de léser les intérêts et de blesser la vanité d'un typographe féroce, M. Crosset, et d'attirer sur lui sa haine personnelle. M. Crosset devint le centre d'un groupe en partie avoué, mais en plus grande partie anonyme (M. Henri Perret et beaucoup d'autres chefs de la fabrique en étaient), qui déversa ses calomnies contre Perron. Je gagnai mes premiers ennemis dans l'Internationale [de Genève] en prenant hautement la défense de Perron, avec lequel j'étais lié d'amitié. » (Bakounine, Rapport sur l'Alliance, portion inédite, pages 57-58).

On a vu que Perron avait dû abandonner l’Égalité pendant les mois de juillet et d'août. Il en reprit la direction à la veille du Congrès de Bâle ; en