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XII


Le troisième Congrès de la Ligue de la paix à Lausanne (13-18 septembre). Affaires diverses. Attaque de Moritz Hess dans le Réveil de Paris (2 octobre) ; réponses de Bakounine ; ma réponse dans le Progrès (n° 21, 16 octobre). Bakounine quitte Genève (30 octobre) ; Perron, Robin, Outine.


Au lendemain du Congrès de Bâle, on eut l'impression, dans l'Internationale, que l'idée socialiste venait de faire un grand pas en avant, et que désormais l'entente était établie entre les ouvriers d'un bout à l'autre de l'Europe. Il y eut le jeudi 16 septembre, à Genève, une réunion dont L’Égalité (n° 35, 18 septembre) rendit compte en ces termes :


Un grand nombre de membres de l'Internationale de Genève était réunis jeudi soir au Temple-Unique pour fraterniser avec les délégués de différents pays qui, après le Congrès, ont bien voulu nous rendre visite.

La soirée a été des plus intéressantes. Des discours fort applaudis, prononcés par Albert Richard, de Lyon ; Hins, Brismée, De Paepe, délégués belges ; Caporusso, délégué de Naples ; Spier, de l'Allemagne du Sud [1] ; Farga-Pellicer, délégué espagnol, nous ont fait connaître les travaux, les vœux et les espérances des populations ouvrières qu'ils ont représentées au Congrès de Bâle, et chacun a pu se convaincre de l'unité de vues et de convictions qui, du nord au midi, règne dans le prolétariat.


Pendant ce temps, les orateurs du Congrès de la paix, à Lausanne, prononçaient d'éloquentes harangues, dont la conclusion fut que, pour supprimer la guerre, il suffirait de créer un tribunal international [2]. l’Égalité railla Charles Lemonnier et ses amis dans un article dont l'auteur est très probablement Aristide Rey (qui passa quelques semaines à Genève, après le Congrès de Bâle, auprès de Bakounine) :


Tandis que les délégués des travailleurs, réunis à Bâle, discutaient les questions intéressant la réforme sociale et jetaient les bases de la réorganisation du travail..., il s'élevait à Lausanne une tribune du haut de laquelle des prophètes inspirés, depuis Victor Hugo jusqu'à Amand Gœgg, devaient annoncer la loi nouvelle. La séance a commencé, et du haut de ce Sinaï ont lui des éclairs d'épithètes et tonné des foudres d'éloquence...

Quand les peuples auront adopté les conclusions de la Ligue, nous leur conseillons... de consulter l'histoire grecque d'il y a trois mille ans. Oui, il y a trois mille ans, il y avait des Chaudey qui s'appelaient Philologos, des Gœgg qui s'appelaient Démagogos, et des Hugo qui avaient nom Philocrates, qui se réunissaient en Conseil, comme délégués de tous les peuples de la Grèce, afin de juger des différends tout comme le veut la Ligue de la paix. Comme la dite Ligue, ils reconnaissaient la nécessité d'une sanction, et employaient

  1. L’Égalité se trompait : l'instituteur Spier était délégué de Wolfenbûttel (Brunswick).
  2. « Considérant que la cause fondamentale et permanente de l'état de guerre dans lequel se perpétue l'Europe [sic] est l'absence de toute institution juridique internationale... »