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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/180

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ternationale dans les Montagnes. Il est incontestable aussi que cette maladie peut-être guérie, mais que pour la guérir il faut avoir recours à une cure aussi intelligente qu'énergique, — une cure qui ne peut être entreprise que par des hommes énergiques, dévoués et intelligents à la fois. J'ai rencontré des hommes réellement énergiques à la Chaux-de-Fonds, mais leur savoir n'est pas à la hauteur de leur énergie ; ils n'ont pas toute l'initiative intelligente nécessaire à celui qui voudrait entreprendre cette guérison difficile. Toi tu as le savoir, tu es à la hauteur de toutes les questions sociales, théoriques et pratiques, tu es des nôtres, tu sais aussi bien que nous ce que nous voulons et où nous allons ; que te manque-t-il donc pour devenir le médecin sauveur de cette Section malade ? La volonté. Mais cette absence de volonté est-elle un effet de ton caractère et de ton tempérament ? Je ne le pense pas. Si je le pensais, je ne t'écrirais pas cette lettre, car quiconque est privé par sa nature de la capacité de vouloir, n'aura jamais la volonté nécessaire pour s'en donner une. Je pense que l'absence de volonté qui se manifeste en toi à l'heure qu'il est provient principalement des circonstances, de certains préjugés que tu n'es pas encore parvenu à vaincre complètement, et de l'influence du milieu dans lequel tu te trouves. Je ne te connais que depuis peu de temps, mais tout ce que je sais de ton passé, et toutes les impressions personnelles que j'ai reçues de toi, me donnent la conviction que tu es doué de toutes les conditions nécessaires pour vouloir avec passion et avec énergie, et pour persévérer avec toute la patience nécessaire dans la voie que ton intelligence t'aura tracée. Maintenant, ton intelligence et tes passions personnelles sont-elles, oui ou non, complètement avec nous et pour nous ? Je pense que sous ce rapport il reste encore à désirer quelque chose. Il est encore certaines pensées, certaines habitudes d'esprit et de cœur, et certaines manières d'envisager les hommes et les choses, qui te séparent de nous : tu te trouves théoriquement et pratiquement dans une sorte de station transitoire entre le « couillerisme » (sic), ou bien le socialisme bourgeois, et le socialisme révolutionnaire. Tu t'es trop séparé de Coullery pour pouvoir jamais te rallier à lui, mais pas assez pourtant pour te donner franchement et complètement à nous. Tu te trouves à cette heure dans une position impossible : entre deux chaises la bonté de Dieu par terre, et en garçon d'esprit que tu es tu ne peux tarder à comprendre qu'une telle position ne peut être bonne que pour un homme nul, non pour toi ; et puisqu'il faut te décider, tu es trop jeune et trop vivant, trop amoureux de la justice et de la vérité, n'est-ce pas ? pour reculer et pour te décider contre nous. Viens donc à nous et sois complètement des nôtres.

Mon cher, nous vivons à une époque où il n'est plus permis à personne, et surtout à un jeune homme comme toi, de rester neutre et de faire le mort. La révolution sociale frappe à nos portes. Nous devons nous compter et resserrer nos liens fraternels pour qu'elle trouve en nous une phalange capable de la préparer, de la rapprocher autant que possible, et, quand elle aura éclaté, de la servir. Viens à nous pas seulement de cœur et d'esprit, mais de fait, parce que ce n'est que par des faits seulement qu'on peut devenir réellement frères. Sois dès aujourd'hui tout à fait nôtre, pour que, quand la révolution sociale aura éclaté, nous ayons le droit de dire que tu es notre frère et ami, non du lendemain, mais de la veille.