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Page:James Guillaume - L'Internationale, I et II.djvu/128

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nous ne pouvons approuver, ce que nous regrettons, c'est que, pour poursuivre ce programme, vous ayez cru devoir fonder une branche à part, au lieu de rester confondus dans la grande masse populaire qui compose l'Association internationale des travailleurs...

De deux choses l'une, citoyens. Ou bien vous croyez que l'Association internationale est une institution qui porte dans ses flancs la régénération de la société, et qui doit, par conséquent, discuter dans ses Congrès les diverses questions énumérées dans votre programme et en chercher la solution et l'application ; et alors pourquoi fondez-vous, à la fois à côté d'elle et dans son sein, votre Alliance de la démocratie socialiste ? Ou bien vous croyez que notre Association internationale est insuffisante pour remplir le grand rôle auquel elle aspire, ou qu'elle sera infidèle à ses promesses : et alors, c'est franchement contre elle, en hostilité avec elle, que vous auriez dû vous constituer. Nous ne pouvons croire à cette dernière alternative ; la plupart d'entre vous sont membres fondateurs de l'Internationale et se sont dévoués corps et âme à cette institution ; beaucoup d'entre vous l'ont représentée à la première Conférence à Londres ou aux Congrès de Genève, de Lausanne, de Bruxelles. À dire vrai donc, nous croyons tout simplement que vous avez voulu faire un pas en avant en affichant un programme plus avancé, plus radical peut-être que celui de certaines Sections, mais qu'en réalité vous avez tenté une œuvre qui, en dépit de toutes vos bonnes intentions, serait nuisible à la cause du prolétariat en suscitant des tiraillements et tôt ou tard en amenant une scission au sein de notre Association internationale des travailleurs. Évidemment, ce n'est pas là ce que vous voulez, car partout et toujours nous avons vu les signataires de votre manifeste se montrer sympathiques à cette Association.

Ne croyez-vous pas, citoyens, que si vous constituez au sein de la grande Association une branche internationale pour tel but spécial et avec tel programme particulier, demain tels autres feront la même chose, et après-demain tels autres encore ? Et chacune de ces branches tiendra, comme la vôtre, ses congrès à part, dans un local séparé, au lieu de réclamer que l'idée spéciale qui la domine soit discutée dans les séances mêmes des Sections locales et spécialement dans le Congrès même tenu annuellement par les délégués de tous les pays... Au lieu de grouper tous les travailleurs, tous les socialistes, autour de la grande idée de l'affranchissement intégral du prolétariat, de l'abolition de toute classe, de la suppression de tout prélèvement opéré sur les travailleurs par les propriétaires, les capitalistes, les intermédiaires parasites, nous finirions ainsi, de divisions en subdivisions, par nous trouver chacun tout seul, — car quel est celui d'entre nous qui n'a pas un peu, sur certains points de détail de l'organisation future de la société, sa petite idée à lui ?

Ou bien pensez-vous peut-être, citoyens, que l'exemple que vous viendriez de poser resterait isolé ? Alors, vous seriez, vous, socialistes athées et révolutionnaires, les guides moraux du reste des travailleurs groupés dans l'Association internationale ; mais ne comprenez-vous pas que si les travailleurs ont fondé l'Internationale, c'est précisément parce qu'ils ne veulent plus d'aucune sorte de patronage, pas plus de celui de la Démocratie socialiste que de tout autre ; qu'ils veulent marcher par eux-mêmes et sans conseillers ; et que s'ils acceptent dans leur Association des socialistes qui, par leur nais-