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encore dues par certaines Sections de Genève, devait être réduit à 280 francs. Le Congrès nomma une commission de cinq membres chargée de présenter une solution définitive : et dans sa dernière séance, sur le rapport de cette commission, il décida que le déficit de l'administration de la Voix de l'Avenir serait intégralement couvert par les Sections.

Vint ensuite la question du nouveau journal. Le Congrès adopta le titre d’Égalité, en y ajoutant la devise de l'Internationale: « Pas de droits sans devoirs, pas de devoirs sans droits ». L'article Ier du projet de règlement disait que le journal aurait pour but : « 1° la défense des intérêts du travail contre le capital monopolisé ; 2° l'étude des connaissances humaines qui se rattachent à la science sociale ». Un assez vif débat s'éleva au sujet de la place qui pouvait être faite aux questions religieuses ; on exprima, d'un certain côté, la crainte que si le journal s'occupait de ces questions, il en résultat des discordes au sein d'associations ouvrières dont les membres avaient, en matière de religion, des opinions diverses ; d'autre part, on ne pouvait pas s'interdire d'étudier la question sociale aussi bien au point de vue moral ou religieux qu'au point de vue économique et au point de vue politique. On tomba d'accord sur cette solution, que ce qui serait exclu du journal, ce ne serait pas l'étude de l'influence des églises et des religions sur la question sociale, mais la discussion des dogmes religieux, ou, en d'autres termes, les discussions théologiques proprement dites ; et, sur ma proposition, le Congrès vota la déclaration suivante : « Le Congrès déclare que la religion ne fait pas partie des connaissances humaines ».

Une disposition du projet de règlement attribuait à une assemblée générale des abonnés, qui devait se réunir chaque année dans la première quinzaine de juillet, et dans laquelle les absents seraient admis à voter par correspondance, la nomination du Conseil de rédaction, composé de neuf membres élus pour un an. Cette disposition fut reconnue peu pratique, et il fut décidé à l'unanimité que, pour simplifier les choses, le Conseil de rédaction serait nommé par le Congrès. Les neuf membres de ce Conseil, qui devaient être domiciliés à Genève, furent élus séance tenante : ce furent : Henri Perret, Pierre Wæhry, Ch. Perron, Michel Bakounine, Crosset, Mermilliod, F. Paillard, Dupleix, Guilmeaux. Dupleix, ayant annoncé qu'il ne pouvait accepter sa nomination, fut remplacé par J.-Ph. Becker.

La question des statuts fédéraux donna lieu à une discussion approfondie. D'assez nombreuses modifications furent apportées au projet rédigé par Bakounine, dans le sens d'une simplification, et d'une réglementation moins pédantesque. Un rapport sur les travaux du Congrès, publié dans l’Égalité des 13 mars et 10 avril 1869, s'exprime ainsi à ce sujet : « Donner ici un résumé de ces discussions serait de peu d'utilité ; nous nous bornerons à dire que le Congrès croit avoir supprimé tout ce qui, dans le projet, donnait à la Fédération romande et aux pouvoirs la représentant un cachet autoritaire. Ces changements étaient presque tous proposés par la commission chargée de rapporter sur la question du règlement fédératif, qui était composée comme suit : Guillaume (le Locle), Weyermann (Genève), Chevalley (Lausanne), Mermilliod (Genève), Favre (Nyon), Crosset (Genève) et Wœhry (Lausanne) ». L'article I{(er}} déclare que les Sections romandes forment une fédération ; mais chaque Section est libre de rester en dehors de cette fédération (art. 2) ; chaque Section qui en fait partie conserve son autonomie, et se gouverne par son règlement particulier, à condition que ce règlement soit reconnu par le Comité fédéral conforme tant aux Statuts généraux de l'Internationale qu'aux statuts particuliers de la Fédération romande (art. 4) ; dans les localités où plusieurs Sections se trouvent réunies, elles sont invitées à former un comité local (art. 16), qui, entre autres attributions, reçoit les demandes d'admission des sociétés ouvrières de la localité (art. 19) ; dans les localités où les comités locaux n'existent pas, le Comité fédéral remplit vis à-vis des Sections les fonctions d'un comité local. La direction de la Fédération est confiée à un Comité fédéral composé de sept membres nommés chaque année par le Congrès.