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LE RESTE EST SILENCE…

n’étais-je pas soumis aux mêmes affres qu’elle ? Maman absente, c’était comme si le toit de la maison s’était soulevé, nous laissant aux prises avec le vent, la pluie, les orages, tous les cataclysmes de l’extérieur. Qui me protégerait à présent, qui me défendrait contre la maladie, contre la peur, contre mes cousins Trémelat, — contre la vie, enfin ? Déjà, je me trouvais seul sur notre étage. Élise était dans sa chambre du cinquième. Que ferais-je si on sonnait, si des voleurs entraient ? En vain évoquais-je pour me rassurer l’héroïque conduite des explorateurs et des généraux, dont je lisais alors, avec passion, les exploits : leur exemple ne m’empêchait aucunement de me désoler. Mais quoi ! c’était la première fois que le rideau douillet, commode, caressant, qui m’enveloppait, s’entr’ouvrait et que je voyais la vie, — oui, la vie, cette chose féroce, insatiable, qui broie sans cesse, qui détruit sans arrêt, toujours embusquée, toujours menaçante, la vie, qui est semblable à la rue !

Auparavant, lorsque cette pensée m’ef-