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chaste, pour me servir de ses termes, elles ne souhaitteroient pas de fomenter les feux de leur concupiscence paroissant devant eux en habit et en posture de courtisanes. Si elles faisoient reflexion qu’elles flattent ou entretiennent le libertinage de leurs maris, qu’elles les accoûtument à se plaire et à rechercher à voir de semblables nuditéz en leur montrant leur gorge nue, elles cesseroient de le faire par leur propre interest, de peur de les disposer à leur devenir infidelles en voulant de plus en plus les engager. Enfin si elles considéroient que leur véritable gloire dépend plus de leur vertu que de leur beauté, elles affecteroient plus de paroître modestes en couvrant leur sein, que belles en le découvrant. Et peut-être même que la réputation de leur beauté seroit plus grande si elles la rendoient moins commune, si elles en voiloient une partie. Au moins leur beauté en seroit moins suspecte d’affeterie, et les louanges qu’on leur donneroient plus pures, parce qu’on ne trouveroit en elles rien d’immodeste, et qu’on y trouveroit tout beau.

LXVII. Si tout ce que j’ay dit ne suffisoit pas pour prouver que la nudité du sein est blâmable et nuisible, et pour répondre aux excuses qu’apportent les filles elles femmes, il ne me seroit pas difficile de les convaincre par de