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qu’elle inspire presque toujours des sentimens deshonnestes , pourquoy veulent-elles donc exciter dans les autres ce qu’elles font profession de ne pas ressentis, ou pourquoy ne croyent-elles pas que les hommes les soupçonneront d’avoir les mêmes sentimens qu’elles leur veulent inspirer. Que si elles le croyent, quel est leur aveuglement de s’imaginer que de la nudité du sein il puisse naître un amour légitime ; et de se persuader qu’un homme aime une telle disposition dans une fille qu’on luy propose pour être sa femme.

LVII. D’ailleurs lorsqu’elles affectent si fort de montrer tout ce qu’elles ont de beau, et d’augmenter les agrémens de leur visage en faisant voir la forme régulières de leur sein, la blancheur et la délicatesse de leur cou ; ne témoignent-elles pas qu’elles mettent toute leur confiance en la seule beauté de leur corps, et qu’elles n’ont ni assez d’esprit ni assez de vertu pour se faire aimer ; ou qu’elles mésprisent la vertu et l’esprit en comparaison de leur beauté. Pensent-elles que ce soit un moyen fort judicicieux pour persuader à un homme que leur possession sera sa félicité et qu’elles seront aussi retenues et aussi prudentes, aussi sages et aussi pieuses qu’une femme le doit être pour rendre un mari heureux.