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évidemment à être malheureuses, si, sans vous soucier d’acquérir l’estime de ceux que vous souhaitez pour époux, vous tâchez seulement de leur inspirer un fol amour qui sort d’ordinaire de l’esprit aussi facilement qu’il y est entré, et qui passe presque aussi-tost que la jouissance du plaisir qu’il se propose.

LIV. Il n’est pas difficile de juger quel party elles doivent suivre si elles sont raisonnables et si elles veulent être heureuses dans le mariage où elles aspirent. Et l’on peut même assurer que pour y parvenir elles devroient cacher leurs bras, voiler leur sein, et couvrir leurs épaules, bien loin de les montrer comme elles sont. Les hommes font bien de la différence entre une courtisane, ou une coquette et une épouse, ils aiment ces nuditéz en celles qu’ils regardent comme des courtisanes ou des coquettes, ils les désapprouvent en celles qu’ils désirent pour leurs épouses. Rien ne leur plaît davantage en une fille qu’une modeste gravité et qu’une beauté naturelle sans trop d’art et d’affeterie. Ce n’est que leur dérèglement et leur passion qui approuve quelquefois la nudité des filles, leur raison et leur prudence la condamne toujours. Ils connaissent que cela vient d’un même principe de vouloir regarder une belle gorge et d’affecter de la montrer, et