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ner de l’amour aux hommes en feignant de négliger et de mépriser leur approbation. Car il y a cette troisième différence entre un visage dévoilé et une gorge nue, que le beau visage cause d’ordinaire de la surprise et ne donne pas moins de respect et d’admiration que de tendresse. Mais un beau sein n’inspire presque jamais que des sentimens sensuels et des pensées deshonnestes, soit parce qu’il n’y peut paroître ni modestie, ni retenue, ni pudeur comme sur le visage, soit parce qu’il ne présente à l’esprit qu’une idée corporelle et charnelle qui l’appesantit et l’attache d’abord à la sensualité, et que le visage étant le siége extérieur de l’âme et comme son tableau, occupe, recrée et satisfait suffisamment l’esprit, et par là le détourne souvent de former aucune pensée criminelle. Soit enfin parce que Dieu ayant égard à cette nécessité presque inévitable où se trouvent les filles et les femmes de paroître quelquefois le visage découvert, ou pour se faire connoître, ou pour approcher de la sainte Table, empêche que la beauté de leur visage ne soit aux hommes une occasion de pescher ni si ordinaire, ni si pressante que la beauté de leur gorge, qu’elles découvrent sans aucune nécessité, et presque toujours par un motif d’amour propre de sensualité ou de vanité.