Page:Jacques Boileau - De l abus des nudites de gorge, Duquesne, 1857.djvu/81

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cence pour nous mieux enflammer. Les yeux d’une belle femme modestement baisséz sur la terre, condamnent la liberté indiscrete et la licence que prennent les jeunes gens de regarder de tous cotez, et l'on peut dire qu’ils répriment et étouffent malgré eux la laseiveté de leurs regards. Enfin il n’y a rien de plus propre à inspirer de la modestie aux hommes les plus mondains et les plus libertins qu’une fille sage et modeste, parce qu’ils sçavent que pour luy plaire il faut qu’ils se rendent semblables à elle, et rien ne peut mieux les con vaincre de sa sagesse que la modestie qui paroist sur son visage.

XLVI. On ne doit donc pas désapprouver que les filles et les femmes marchent le visage découvert, puisque c’est par là principalement qu’elles peuvent paroître ce qu’elles doivent être. Mais par cette même raison on doit blâmer celles qui montrent leur gorge, parceque cette nudité repugne à la pudeur naturelle aux filles, et empesche non seule ment qu’une femme soit véritablement modeste, mais qu’elle la paroisse. On soupçonnera toujours que sa retenue est feinte lors qu’elle portera les marques de l’effronterie, et sa gravité affectée passera pour une hipocrisie cachée, pendant qu’elle tâchera de don-