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meureroient pures et humbles parmi les vains, applaudissemens et les impudiques regards des libertins, elles seroient toujours coupables des sales pensées qu’elles inspirent et des maux qu’elles causent.

XXVI. C’est la doctrine de Tertulien et du grand S. Cyprien, après lesquels je puis avec justice leur adresser ces paroles. Si vous marchez avec trop de faste, si vous vous ajustez avec trop d’artifice, si vous vous habillez de telle sorte que vous attiriez sur vous les yeux des jeunes gens, sçachez que leur ayant présenté le glaive qui les tue et le venin qui les empoisonne, vous n’êtes pas innocentes de leur perte quoique vous ne l’ayez pas désirée. Vous êtes criminelles bien que vous n’ayez pas vous mêmes commis aucun crime, et vous ne pouvez pas vous excuser sous prétexte que votre âme n’a été fouillée d’aucune pensée impure, puisque vos ajustemens deshonnestes vous accusent, et que votre nudité fatale à beaucoup de jeunes gens vous condamne. Vous êtes l’épée qui a donné la mort à cet homme lequel voyant votre gorge découverte a succombé à la tentation et au péché, vous êtes comme teintes et comme salies de son sang ; pourquoy vous flattez-vous donc d’être sans tâche et d’être innocentes. Vous sera-t-il permis après qu’on vous