Page:Jacques Boileau - De l abus des nudites de gorge, Duquesne, 1857.djvu/34

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sont non seulement suspectes, mais méprisables ? Non ce n’est pas une gloire c’est une espece de déshonneur de n’être approuvée que des pécheurs, parce qu’ils n’approuvent que ce qu’ils aiment ou qu’ils font, et que leurs perverses habitudes les portent à ne rien aimer et à ne rien faire qui ne flate leur concupiscence, et qui ne soit conforme à leurs mauvauses inclinations.

XXXII. Votre nudité plaist aux libertins et aux pécheurs, il n’en faut pas davantage pour conclurre qu’elle excite au péché, et qu’elle porte la marque et le caractère du libertinage. Mais sans doute votre conscience vous l’a dit avant moy, et cette foible lumière qui nous reste de l’innocence originelle vous a fait connoître malgré vous, que s’il y a de la modestie à couvrir sa gorge et ses épaules, il y a de l’immodestie à les découvrir. Nos premiers parens ne demeurèrent nus qu’autant de temps qu’ils demeurèrent dans une espece d’ignorance et d’aveuglement ; et aussi-tost qu’ils eurent mangé du fruit qui leur fitconnoître le bien et le mal, la première marque qu’ils donnèrent de leur science et de leur intelligence fût d’avoir honte de leur nudité et de la couvrir. Servez-vous donc de votre raison, elle vous apprendra que vous devez éviter une