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XXIV. S’il est vray ce que nous enseigne S. Jean dans son Apocalypse, que ces personnes-là sont heureuses qui prennent garde à la manière dont elles s’habillent, et qui ajustent leurs vétemens de telle sorte qu’elles ne paroissent jamais nues pour ne pas découvrir leur effronterie par leur nudité ; ne pouvons-nous pas dire par la raison des contraires que ces femmes sont malheureuses qui ne s’habillent, et ne s’ajustent que pour paroître à demy-nues, et qui par leur nudité affectée découvrent malgré elles leur peu de retenue et de modestie, et font voir les défauts cachéz de leur âme par la grâce et la beauté de leurs corps ? Car qui est celuy qui a jamais bien présumé de la vertu d’une femme par la nudité de sa gorge, et qui sont ces Chrétiens et ces Payens même que cette nudité n’ait fait douter de l’innocence de ses mœurs ou du moins de la sincérité de son intention ?

XXV. Personne n’ignore qu’avant l’avénement de Jésus-Christ les plus libertines des femmes Juifves, et même les femmes idolâtres se servoient de voiles pour se couvrir la teste, les bras et les épaules toutes les fois qu’elles sortoient en public, et l’on scait qu’un illustre Romain répudia sa femme, parce qu’il l’avoit trouvée sans voile hors de son palais. Quelle