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vaincre ; mais ce qu’il ne peut faire par luy même il le fait par les femmes qu’il y conduit et qui par la nudité honteuse de leur gorge, de leurs bras, de leurs épaules, attaquent, blessent et vainquent ceux qui croyoient être en seureté, et font ainsi triompher le démon dans les lieux mêmes destinéz au triomphe de Jésus Christ.

IV. Les Tribunaux même de la Pénitence qui devroient être arroséz des larmes de ces femmes mondaines, sont prophanéz par leur nudité, et les Anges qui assistent avec respect et avec crainte à la sainte Table frémissent d’indignation et d’horreur, voyant qu’elles y vont avec une posture non seulement immodeste mais quelquefois impudente et lascive.

V. Je ne m’étonne pas que le monde applaudisse à ce désordre puisqu’il en est l’auteur, mais je ne puis concevoir comment les gens de bien demeurent dans le silence et souffrent cette abomination sans parler et sans se plaindre comme s’ils étoient sans voix et sans piété. Ne diroit-on pas qu’il y a une défence publique de se scandaliser de ces objets indécens, ou que l’on croit que nôtre Dieu n’est pas plus clairvoyant que les fausses divinitéz des Payens qui avoient des yeux et ne voyoient pas ceux qui venoient les adorer dans leurs