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Que le soir est mélancolique et la promenade charmante. J’ai laissé maman près de ces dames du Caire et de Beyrouth, et je m’en suis allée seule. Car, elles étaient assises sous le couple de pins, ma place favorite, d’où l’on voit toutes les montagnes et toute la mer…

Seule je me suis enfoncée dans la forêt pour n’être pas obligée de causer et pour me sentir seule, oui, toute seule…

J’aime tant la solitude qui nous met face à face avec nous-mêmes et nous permet de contempler et de méditer ; qui nous rapporte les souvenirs de jadis et nous laisse entrevoir les espoirs futurs…

… J’aime rêver seule sous le ciel calme et serein, j’aime compter les cailloux que mon pied foule et les fleurs sauvages que je rencontre au hasard des routes…

Douceur d’errer dans les bois à l’heure où le crépuscule envahit la vallée, d’entendre chuchoter les Naïades autour de la fontaine chantante, et de sentir glisser sur son âme comme un bruissement d’aile d’un esprit invisible…

Il faut une note triste dans toute pensée poétique : la vraie poésie comme le génie esthétique est essentiellement triste ; un poète qui n’a jamais senti la volupté très douce et très intime de la mélancolie est un non-poète rimeur, ou un poète qui boite artistiquement.

(See Edgar Allan Poe: The poetic principle).