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Page:Isis Copia - Fleurs de rêve, 1911.pdf/130

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terrasse de Casa-Nuova à contempler cette même immensité ! Que de crépuscules, que de soirées, que de rêves !

Depuis, je suis devenue une jeune fille, j’ai appris à savoir lire et à savoir penser : j’ai connu de nouvelles langues et des âmes nouvelles, j’ai vu des horizons différents, plus larges et plus beaux, et je croyais la petite fille d’autrefois morte en moi. Mais voilà que devant cette mer je la retrouve vivante et vibrante, avec ses yeux émerveillés et son cœur enthousiasmé.

Ainsi sommes-nous. Quand nous passons d’un endroit à un autre notre personne change aussi. Les montagnes qui nous entourent, les arbres qui nous couvrent de leur ombre amie, l’eau qui chante à nos pieds, le gazouillement des oiseaux, tout a son influence spéciale sur notre âme. Ce n’est pas dans les profondeurs de notre être que nous puisons l’origine de nos rêves, mais dans ce que nous voyons, entendons et respirons. Malgré notre volonté, notre mémoire reproduit ce que lui retransmettent les sens, et dans la nuit de l’imagination, des lambeaux d’images s’unissent et le rêve se forme.

Le lendemain nous abordons Haïfa. L’heure est très matinale et nous distinguons à peine les clochers qui fendent la brume… L’aube arrive, et la ligne harmonieuse de l’enchaînement des montagnes du Carmel se dresse délicieuse sous le ciel tendre et la jeune clarté. Au pied du Mont Carmel la ville de Haïfa dort