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qui feint de se cacher ? un serpent siffle, s’enroule, se délace, s’élance et pique ; … couper un lilas éclos et frais ? un œil nous guette ; baiser un lys blanc ? une main pesante arrête notre épaule.

L’homme qui ne vit ne vit pas pour lui, mais pour son semblable. Et que peut-il faire, en effet, s’il a contre lui les forces coalisées de tous les hommes ? c’est à peine s’il peut en passant cueillir un pétale de fleur, récolter la pensée du fruit de sa peine !

Quand nous trouvons un instant de bonheur, avec quelle rapidité ne nous échappe-t-il pas ? En vain voudrions-nous nous arrêter ; mais nous sommes semblables à un torrent, et l’onde qui suit pousse devant elle l’onde qui précède. Son eau roule sur des roches rugueuses, tombe en cascades frémissantes ; il voudrait quitter ces bas-fonds inhospitaliers, mais il ne le peut pas : il y reste le temps que lui a départi le destin. Il côtoie de beaux rivages, de frais jardins dont le silence est rompu seulement par le murmure mystérieux d’une charmille ; en vain veut-il ralentir sa course, il ne le peut pas, le destin en a décidé de la sorte.

Quelquefois une main rêveuse lui jette un myosotis ; il n’essaie même pas de connaître cette main ; mais, cette fleur frêle, il s’efforce inutilement de s’unir à elle, de la faire sienne, de l’engloutir…

Peut-être reçoit-il un bouquet fané, il ne peut pas le rejeter, il n’en a pas le temps.