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PEER GYNT

du vertige, chantant, dansant en ronde, m’emplissaient les yeux et les oreilles.


AASE (étourdie)

Seigneur, ayez pitié de nous !


PEER GYNT

Tout à coup, sur un point de cette crête escarpée, une volée de perdrix cachée dans un creux se leva, caquetante, effarée sous les sabots du bouquetin. Celui-ci fait un demi-tour et, d’un saut mortel, se précipite dans le gouffre ! (Aase chancelle et s’accroche à un arbre. Peer Gynt continue sans s’arrêter.) Derrière nous la sombre falaise, devant nous un abîme sans fond ! Nous fendîmes d’abord une couche de brouillard, puis une nuée de mouettes qui, poussant des cris de peur, s’envolèrent aux quatre vents. Nous descendions comme un trait. Tout au fond j’apercevais une tache brillante, blanche comme un ventre de renne. Mère ! c’était notre propre image reflétée par le lac tranquille et qui, vers la surface des eaux, montait du train foudroyant qui nous emportait nous-mêmes.


AASE

Peer ! Mon Dieu ! Achève, achève !


PEER GYNT

Bouc contre bouc, celui de l’air, celui du lac se rencontrèrent enfin. Le flot jaillit, écumant. Et