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PEER GYNT

PEER GYNT

Mes joyeux gars, et vous, aimables femmes, permettez-moi de vous témoigner ma reconnaissance en vous contant une histoire.


VOIX NOMBREUSES

Tu sais une histoire ? Conte-nous-la !


PEER GYNT

Je ne demande pas mieux. (Il s’approche, son visage prend une expression énigmatique.) C’était à San-Francisco, où j’étais chercheur d’or. La ville était pleine de bateleurs. L’un jouait du violon avec ses pieds, un autre exécutait sur les genoux un pas espagnol, un troisième, dit-on, faisait des vers pendant qu’on lui perçait le crâne. Or il advint que le diable, s’étant joint à ces saltimbanques, voulut faire fortune à son tour. Ce qu’il imagina fut d’imiter en perfection un grognement de pourceau. Sa physionomie attirait la foule. Inconnu la veille, il faisait maintenant salle comble. Tout se taisait à son apparition. Il savait d’ailleurs se draper, revêtant pour la représentation un grand manteau aux pans flottants. Et personne ne s’apercevait que, sous ce manteau, le malin dissimulait un vrai pourceau. Le moment venu, il le pinçait, et l’instrument rendait un son. Tout ce morceau de bravoure avait le caractère d’une fantaisie exécutée sur un thème donné : le passage d’un pourceau de l’état de liberté à celui d’es-