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ACTE IV

(Un Jour d’été à l’extrême nord. Une cabane dans la forêt. La porte, ouverte, est pourvue d’une grande serrure et surmontée de bois de cerf. Des chèvres paissent à l’abri de la maisonnette.)

(Devant la cabane, une femme mûre blonde et bien prise, file, assise au soleil.)


LA FEMME (Jette un coup d’œil sur le chemin et chante)

Tout un automne encor, tout un hiver aussi,
Un printemps, un été, je vais t’attendre ici.
Tu reviendras enfin quelque jour de l’année,
Et je t’aurai gardé la promesse donnée.

(Elle rassemble les chèvres, puis se remet à son rouet et chante.)

Dieu te garde partout sur ton chemin,
Dieu dirige tes pas, Dieu bénisse ta main !
Si tu reviens ici, j’attendrai sans me plaindre,
Si tu m’attends là-haut, je viendrai t’y rejoindre !



(En Egypte. À l’aube. La statue de Memnon se dresse sur le sable.)

(Peer Gynt arrive en cheminant tranquillement et regarde un instant autour de lui.)


PEER GYNT

Je pourrais très bien commencer par ici. Me voici donc Égyptien, pour changer, et sans abandonner un seul instant le principe du soi-même gyntien. Après cela, je vais gagner l’Assyrie. En voulant remonter à la création, je me serais perdu. D’ailleurs, je veux me tenir tout à fait en dehors de l’histoire biblique dont je retrouverai ailleurs la trace positive. En examiner, comme on dit, toutes les coutures, cela dépasse mon programme et mes forces. (Il s’assied sur une pierre.) Je me reposerai