Page:Ibsen - Peer Gynt, trad. Prozor, 1899.djvu/183

Cette page a été validée par deux contributeurs.
150
PEER GYNT

PEER GYNT (avec enthousiasme, lui tendant le bijou)

Anitra ! Vraie fille d’Ève ! Je subis ton charme magnétique. Car je suis homme, après tout, et, comme dit un auteur estimé, « l’éternel féminin m’attire ».



(Clair de lune. Un bois de palmiers devant la tente d’Anitra.)

(Peer Gynt est assis sous un arbre, un luth arabe à la main. Il s’est fait couper les cheveux, tailler la barbe et semble considérablement rajeuni.)


PEER GYNT (jouant et chantant)

Quand je quittai mon temple, un jour,
Et m’en allai, l’âme volage,
Fermant ma porte à double tour,
En quête d’un nouvel amour,
Des belles pleuraient sur la plage.

Moi, je m’en fus, la voile au vent,
Bravant les flots et la distance,
Au pays du sable mouvant,
Et du mirage décevant,
Et du palmier qui se balance.

Lorsqu’enfin j’eus touché lé port,
Je brûlai mon vaisseau rapide
Et m’élançai plus vite encor
Sur une bête au libre essor
À qui j’avais lâché la bride.