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PEER GYNT


(Il fait nuit. Un camp marocain sur les confins du désert. Des guerriers sont couchés autour d’un feu de bivouac.)


UN ESCLAVE (accourt en s’arrachant les cheveux)

Parti, le cheval blanc de l’empereur !


UN AUTRE ESCLAVE (accourt, en déchirant ses vêtements)

Volé, le costume sacré de l’empereur !


UN GARDIEN (arrivant)

Cent coups de triques aux talons pour chacun de vous, si le voleur échappe !

(Les guerriers sautent à cheval et partent au galop dans toutes les directions.)



(L’aube. Bouquets d’acacias et de palmiers.)

(Peer Gynt, grimpé sur un arbre, dont il a cassé une branche, s’en sert pour se défendre contre une bande de singes.)


PEER GYNT

Grand Dieu ! quelle nuit ! (Faisant le moulinet.) Tu es encore là, toi ! Malédiction ! Voici qu’ils me lancent des noix de coco. Non, c’est autre chose. Quelles dégoûtantes bêtes que ces singes ! il est écrit : « Ose et combats ! » Mais je n’en puis plus. Je suis las, accablé. (Se secouant avec impatience.) Il faut en finir ! Je vais attraper un de ces gaillards, le pendre et l’écorcher pour entrer dans sa peau. Les autres me prendront alors pour un des leurs. Un homme, après tout, est bien peu de chose, et il faut savoir se plier aux situations. Encore un essaim ! Il en fourmille ! Racaille, va ! Hou, hou ! Ils se démènent comme des enragés. Ah ! que