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ACTE III

titudes, j’y ai ajouté un peu de religion, également par bribes. C’est plus facile à avaler, et l’important, après tout, n’est pas d’absorber un tas de doctrines, mais de choisir celles qui peuvent nous servir à quelque chose.


COTTON

Voilà qui s’appelle être pratique.


PEER GYNT (allumant un cigare)

Au reste, mes amis, souvenez-vous de ma carrière. Où en étais-je quand je suis venu dans l’Ouest ? J’étais un pauvre diable sans sou ni maille, peinant cruellement pour gagner un morceau de pain. C’était dur, vous pouvez m’en croire. Mais on aime la vie malgré tout, et la mort est toujours amère. J’ai résisté ayant l’écorce dure, et comme vous voyez, mes amis, la fortune m’a été propice, le destin m’a souri. Dix ans plus tard on m’appelait le Crésus des armateurs de Charlestown, et mon nom courait de port en port. J’avais la chance à bord.


COTTON

Quel était votre trafic ?


PEER GYNT

J’ai surtout fait la traite des noirs pour la Caroline et l’exportation des idoles pour la Chine.