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KARI

Des objets qu’on transporte à Hægstad. Ce sont les derniers.


AASE (pleurant)

Ah ! si l’on m’emportait moi-même au cimetière, je serais bien contente ! Ce qu’il faut qu’on souffre dans ce monde ! Que Dieu ait pitié de moi ! Voici toute la maison vide ! Ce que le fermier d’Hægstad avait épargné, le juge me l’a enlevé. On a tout pris, jusqu’à la dernière chemise. Honte, oui, honte, à ceux qui ont prononcé un tel arrêt ! (Elle s’assied au coin du lit.) Maison et enclos, tout est maintenant sorti de nos mains. La famille n’a plus rien. Ah ! si le vieux a été dur, le tribunal l’a été bien davantage. Là, pas de grâce ni de salut ! Peer était loin, je n’avais personne pour me venir en aide.


KARI

On vous permet cependant de rester ici jusqu’à votre mort.


AASE

Oui, oui, on nous jette une miche en aumône au chat et à moi !


KARI

Dieu de Dieu, la mère, votre fils vous aura coûté cher !