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XXI
AVANT-PROPOS

personnalités dont je n’avais jusqu’alors pratiqué que l’esprit. Peut-être avais-je trop voulu croire jusqu’ici qu’à défaut des dons du génie, le moindre des écrivains possédait l’enthousiasme et l’amour désintéressé de l’art ? Ai-je besoin d’ajouter, puisqu’on en retrouvera le témoignage, que mon Enquête m’a laissé aussi des impressions de sympathie et d’admiration d’autant plus vives qu’elles ont été plus rares. Si les déprimantes constatations l’emportent, c’est, hélas ! que le métier littéraire n’échappe pas à la loi féroce de la concurrence vitale, et que là, comme en toute carrière, les intérêts matériels priment et tyrannisent les appétences spirituelles. Force m’était donc de noter, sous les apparences hautaines d’une lutte pour l’art, les âpres et douloureuses et basses nécessités de la lutte pour la vie.


JULES HURET.
Août 1891.