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Camporeal perçoit l’impôt des huit mille hommes,
L’almojarifazgo, le sel, mille autres sommes,
Le quint du cent de l’or, de l’ambre et du jayet.

À Montazgo.

Vous qui me regardez de cet œil inquiet,
Vous avez à vous seul, grâce à votre manège,
L’impôt sur l’arsenic et le droit sur la neige ;
Vous avez les ports secs, les cartes, le laiton,
L’amende des bourgeois qu’on punit du bâton,
La dîme de la mer, le plomb, le bois de rose !… —
Moi, je n’ai rien, messieurs. Rendez-moi quelque chose !

Le Comte de Camporeal, éclatant de rire.

Oh ! le vieux diable ! il prend les profits les plus clairs.
Excepté l’Inde, il a les îles des deux mers.
Quelle envergure ! Il tient Mayorque d’une griffe
Et de l’autre il s’accroche au pic de Ténériffe !

Covadenga, s’échauffant.

Moi, je n’ai rien !

Le Marquis de Priego, riant.

Moi, je n’ai rien !Il a les nègres !

Tous se lèvent et parlent à la fois, se querellant.
Montazgo.

Moi, je n’ai rien !Il a les nègres !Je devrais
Me plaindre bien plutôt. Il me faut les forêts !