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devant le banc de Marius. Marius s’était levé derrière eux et les suivait du regard, comme il convient dans cette situation d’âme éperdue.

Tout à coup un souffle de vent, plus en gaîté que les autres, et probablement chargé de faire les affaires du printemps, s’envola de la pépinière, s’abattit sur l’allée, enveloppa la jeune fille dans un ravissant frisson digne des nymphes de Virgile et des faunes de Théocrite, et souleva sa robe, cette robe plus sacrée que celle d’Isis, presque jusqu’à la hauteur de la jarretière. Une jambe d’une forme exquise apparut. Marius la vit. Il fut exaspéré et furieux.

La jeune fille avait rapidement baissé sa robe d’un mouvement divinement effarouché, mais il n’en fut pas moins indigné. — Il était seul dans l’allée, c’est vrai. Mais il pouvait y avoir eu quelqu’un. Et s’il y avait eu quelqu’un ! Comprend-on une chose pareille ? C’est horrible ce qu’elle vient de faire là ! — Hélas ! la pauvre enfant n’avait rien fait ; il n’y avait qu’un coupable, le vent ; mais Marius, en qui frémissait confusément le Bartholo qu’il y a dans Chérubin, était déterminé à être mécontent, et était jaloux de son ombre. C’est ainsi en effet que s’éveille dans le cœur humain, et que s’impose, même sans droit, l’âcre et bizarre jalousie de la chair. Du reste, en dehors même de cette jalousie, la vue de cette jambe charmante n’avait eu pour lui rien d’agréable ; le bas blanc de la première femme venue lui eût fait plus de plaisir.

Quand « son Ursule », après avoir atteint l’extrémité de l’allée, revint sur ses pas avec M. Leblanc et passa devant le banc où Marius s’était rassis, Marius lui jeta un regard